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Sur la trace du
LES NEWS
- :A la maison : Accueil extraordinaire et grosse émotion pour cette arrivée. Des dizaines de bateaux étaient venus à notre rencontre dès le cap Frehel. Grande joie de retrouver les familles et les copains. Drôle de sentiment de se retrouver à la maison et de voir Gecko échoué sur la cale.
- ajouté le 10/08/2011 à 09h19
Arrivée en France : Nous voici à Ouessant après 11 jours de traversée sans encombre et pas beaucoup plus de vent. Un anticyclone nous a obligé à faire un grand détour vers le nord. Encore quelques jours à caboter en Bretagne nord avant l'arrivée tant attendue à St Suliac.
- ajouté le 03/08/2011 à 14h49
Position : Nous sommes dans le port de Horta sur l'ile de Faial aux Açores aux milieu de centaines d'autres bateaux de voyage. Cela ressemble à La Trinité lors de la Spi Ouest France avec tous les pavillons dans les mats et les équipages qui arpentent les ruelles de la petite ville. La différence c'est qu'ici, on n'a pas le dernier vêtement de mer à la mode, mais qu'en revanche, des histoires de mer, on en a tous des tas.
- ajouté le 21/07/2011 à 16h14
Notre meilleure prise : 1m15, 7,5 kg, cette corythène péchée entre les Bermudes et les Açores nous a nourris pendant 3 jours. Sa belle couleur jaune devient bleue dès qu'elle meurt.
- ajouté le 21/07/2011 à 16h02
- : Bravo pour votre courage , pour ce que vos enfants n'oublieront jamais , pour ces merveilleux moments que vous leur avez donnés .
Pour ce site aussi trés parfaitement monté ; quelle belle aventure .
Je suis a qqls année d'une retraite , a travers votre descriptif j'ai pu rever grace a vos récits , que je serais capable d'en faire autant avec ma compagne , Venuzélienne d'origine.
Pour en faire autant , il faut un bateau le votre parrait adapté ; mais je ne serais preparé que dans 3 à 4 ans car tel est mon projet et je suis novice en la matiére !
J'ai qqls attache prés de ST Malo , une maison louée , un mobil home ; est il possible de voir ce bateau , je viens souvent dans le secteur a cote de Cancale.
Encore une fois bravo , je suis admiratif .
cdt
- ajouté par Jean Pierre,garzetta@cegetel.net le 01/05/2012 à 13h53
Bravo pour le voyage
Bravo pour le site
Je recherche un bateau pour le même genre de voyage. Pouvez-vous me communiquer le dossier complet?
Merci
Bosco
- ajouté par bsoco,bosco@boscoyacht.ch le 08/01/2012 à 16h03
Bonjour à tous,
Quelle merveilleuse expérience que ce périple en bateau.
Bravo pour votre site qui est vraiment très agréable à lire.
Nous sommes des bretons expatriés sur l'ile de Bali. Nous habitions st ouen la Rouerie près du Mont St Michel.
Je rêve à présent de faire un petit bout de chemin également sur un bateau,bravo à toute votre famille.
Famille CLOAREC
- ajouté par cloarec,christelle.riouat@orange.fr le 04/01/2012 à 08h16
Bravo au Gecko et à son équipage pour cet impeccable tour de l'Amérique du Sud, loin d'etre aussi commun qu'on pourrait le penser
Courage pour le retour et vos rentrées respectives !
@+
JLG
- ajouté par JLG,jeanluc.gourmelen@voilesetvoiliers.com le 31/08/2011 à 21h19
Bonsoir à tous l'équipage ,
J'ai découvert votre fantastique aventure grace à Bernard votre pére.
J'ai suivi avec beaucoup de plaisir et de rêve votre périple et vous remercie
pour la qualité de votre site..
La joie et le bonheur de vous tous, rend particuliérement agréablement la découverte de vos articles.
Cela à bien amélioré ma conpréhension sur divers point d'organisation technique et autres.
Merci
P. Brulet
- ajouté par Brulet,brulet@old-rudder.com le 18/08/2011 à 00h47
j-2 si j'ai bien compris; ai hate de vous appeler á St Suliac. Vos photos et récits du Pérou et Bolivie sont absolument magnifiques et je vois que Yannick a tj autant d'humour; j'ai adoré sa blague sur le sel!!!!
Suis dans le sud ouest, malheureusement loin de la Bretagne pour vous accueillir...
Fais moi signe Babeth quand tu te seras posée...05 53 41 18 03 (jusqu'au 14 aout)
BISOUS à vous 6.
caro
- ajouté par caro, le 04/08/2011 à 14h37
Hola los amigos ! Merveilleux périple que le vôtre, quel bonheur de vous lire. Je vous souhaite de vivre jusqu'à St-SULIAC, le 6/8 donc, ce retour au pays breton, la cale pleine de si beaux moments de vie, le pavillons chargés d'émotions et de rencontres ultra marines.
Je vous dis à très bientôt pour des retrouvailles, car de retour de Guyane, me voici réinstallé à Toulouse, pour de nouvelles aventures !
Bises, Philippe
- ajouté par Philippe,philippe.alamy@gmail.com le 26/07/2011 à 23h39
Il vs reste la grande traversée, puis un p'tit break en Bretagne... le tps de refaire le plein et zou ! ...on vs attend pour Noel prochain !
Besitos de Panama !
- ajouté par Thom, le 16/06/2011 à 21h30
coucou
ca faisait un petit moment que je n'avais pas été sur votre site ! les photos sont géniales et les aventures .....!!! de quoi écrire un livre!! bonne fin de traversée les cousins et peut etre au 6!!
bisous
caroline and co
- ajouté par caroline, le 14/06/2011 à 10h46
Salut les amis
vos photos sont superbes
profitez bien de cette fin de voyage
rendez vous à St Suliac en août !
la biz et bon vent
Matteo, Christine et Maxime
- ajouté par matteo,mcguerra@wanadoo.fr le 06/06/2011 à 10h03
Bravo pour votre site, il est Super.
Quel régal de vivre votre récit en direct...
- ajouté par Lilou, le 08/05/2011 à 16h21
Bonne anniversaire Babeth.
Bravo pour vos recits, j'ai l'impression de voyager aussi.
Bonne nav et profitez en à fond.
Bizz
Gus
- ajouté par Gus,gusparis2005@yahoo.fr le 15/03/2011 à 22h22
Coucou Babeth !
Eh oui je ne t'oublie pas en ce 15 mars ! Alors je te souhaite un très bel Anniversaire pour tes 38 balais !!!!! Je t'embrasse bien fort sans oublier Yannick et les 4 mousses ...
Gros baisiers de tte la famille.
Marie
- ajouté par Marie Herande,familleherande@yahoo.fr le 15/03/2011 à 14h14
Coucou ma belle,
un tres tres tres tres JOYEUX ANNIV de nous 5:
http://www.youtube.com/watch?v=8OwPryB34tA
nous pensons bien fort a toi/a vous et je suis regulieremtn vos periples merveilleux.
Si vous passez au retour par l'Angola!!!!! arretez vous chez Robert en projet long terme la-bas.
Me rejouis de vous revoir cet ete et ton gateau au choco t'attend a ton retour.
BISOUS
caro
- ajouté par caro,caroline.filou@gmail.com le 15/03/2011 à 09h48
Je ne sais pas ou vous etes depuis fin Janvier. Pour ma part je suis dans les canaux chiliens depuis le 27/02 et je serais a Castro Mercredi 9 et nous pourons peut etre nous voir
Cordialement
- ajouté par Veronique GAZEAU,campanule03@infonie.fr le 07/03/2011 à 20h58
on reve, on reve...........nous suivons tout avec grand interet!!!!! en fait, on voyage par procuration ! merci de toutes ces photos, ces reportages et de toute cette aventure qui nous evade du quotidien........ok, je suis un peu avare de messages!!! sorry mais le coeur y est!! bizzzzzzzz a tout l'equipage et attention aux glaçons..........profitez un maxxxxxxx
- ajouté par marie, le 09/02/2011 à 18h32
juste l'envie de vous faire un petit coucou, nous on est en pleine saison de ski et on a mis enfin Amade sur des skis cette annee. Dans 2 semaines, ouf en vacances: ski et carnaval au programme.
Babeth: est-ce qu'on peut te joindre qq part qu'on tchache un peu.
Vous nous manquez.
Gros BISOUS de nous 5.
Caro&co
- ajouté par caro,caroline.filou@gmail.com le 08/02/2011 à 23h27
Chers Yannick Elisabeth et les enfants, Bravo pour cette victoire exceptionelle au Cap Horn en famille ! que de merveilleux récits et photos, vraiment un grand merci de prendre ce temps de partager avec nous ces moments si forts ! Je pense bien à vous et vous embrasse. Prenez bien soin de vous.
François
- ajouté par les cousins,fc.decaix@gmail.com le 31/01/2011 à 21h52
oui que de reves en perspectives!! Profitez en ... C unique ds une vie pour vous et vos enfants qui sont super beaux et ont deja bien grandis! On suit vos periples. Pour ns l aventure cette annee ce sera un 2eme enfant pour fin Mai... les grands periples pour plus tard. Grosses a vs tous et remplissez vs les mirettes! Jeff/Lazuli/Talia
- ajouté par Jeff,jdejean@gmx.de le 28/01/2011 à 12h26
Coucou!! Arrêtez-vous d'urgence à la 1ère librairie que vous trouverez sur le bas-côté de l'océan et procurez-vous le n° de février de Voiles et Voiliers: il y a un chouette article sur vous!! Classe non?
Plein de bisous d'outre Atlantique, Isabelle.
- ajouté par Isabelle Pons,dumezisabelle@yahoo.fr le 27/01/2011 à 14h46
coucou à vous
ravie que le cap soit franchi !!!!! profitez bien de toute cette fabuleuse aventure et à plus pour les nouvelles! gros bisous de la bretagne (froide et humide.....)
caro et cie
- ajouté par caroline feredie, le 22/01/2011 à 14h48
Bravo à vous tous !!!!!!!!!!!!!!
Ici (dans le sud) tous le monde pense à vous !!!!!!
Vos récits font même voyager certaines de nos copines qui, comme nous le faisons, vous suivent !!!!!!!!!!!
Bon courage !!!
"Bonjour" à Mam et Paddy
Grosse bizZZZ et on a hate de vous revoir
PS : vous nous avez manquer le jour de Noel !!!!!!
- ajouté par Marine,marine.rouby@gmail.com le 19/01/2011 à 13h31
Salut les aventuriers!
on vient de regarder votre site: super d'avoir des vos nouvelles et vos tres jolies photos! Dommage que mon papa etait avec nous en france pour votre venue a mar del plata mais je vois que ca c'est super bien passe. Nous avons passe un Noel froid avec la neige, ce qui nous change d'Abu Dhabi! Les triples ont touche la neige pour la premiere fois et etaient tres surprises, elles sont si habitues aux 40 degres d'ici.
On vous souhaite une tres bonne annee 2011 et bon vent pour votre periple en patagonie argentine!
Gros bisous a toi Elisabeth, a Yannick et aussi aux 4 mousses de la part de Nicolas, Jennifer, Chloe, Alice, Marisa et Frederic.
- ajouté par Los Cholines,mf.cholin@laposte.net le 18/01/2011 à 21h24
passe réveillon à Menthon st Bernard avec vos papa et maman chez Benoit et Marie Christine Monsaingeon et avons parlé voile, aviation et de votre aventure.
vous nous avez fait rêver. Bientôt le cap Horn ! bon vent à vous. Plus de photos du bateau de la mer pour entretenir le rêve.
- ajouté par denis lothaire,dlothaire@gmail.com le 15/01/2011 à 19h41
Hola a tout l'équipage de Gecko,
Je vient de voir toutes les photos, quel beau voyage!
Je voulais vous souhaiter une tres bonne année 2011, a ce que je vois elle a bien commencé. Malheuresement nous avons pas de projet d'aller vers l'Amerique du Sud pour l'instnat mais je voyage a travers vos nouvelles et photos.
Gros bisous et bon voyage!
Léa
- ajouté par Lea,lea@casasol.com le 09/01/2011 à 19h01
Bonne santé à vous tous !
On vous embrasse et "bons voeux" !
- ajouté par Matteo Christine et Maxime, le 03/01/2011 à 17h34
Ahoy from Brunei,
First we hope you had a great New Year's Eve and we want to wish all a year 2011 full of love, health and more adventures to come.
We followed your journey from day one , it is a ray of excitment in our routine daily life. You are a big inspiration for all of us.
Always looking forward for your future newsletters.
Grosses bises a tous
Zeina, Lahoud, Joseph, Marianne et Ralph
- ajouté par Zeina,laslyman@hotmail.com le 03/01/2011 à 14h04
coucou,
Nous vous souhaitons une très bonne année pleine d'aventure, de découverte et d'amour !!!! Pleins de doux bisous de la bretagne à vous partager ; caroline Feredie et cie
- ajouté par caro, le 01/01/2011 à 11h18
Salut à tous,
Nous espérons que vous avez passé un Joyeux Noel et que le Père Noel ne vous a pas oubliés dans l'hémisphère Sud.
Par avance, tous nos voeux pour une année 2011 pleine d'amour, de santé , de dauphins, de baleines de soleil et de vents portants.
Vous manquez à Saint-Suliac !
Un de mes meilleurs amis vit à Buenos Aires, David Peces. Dites-moi si vous voulez ses coordonnées.
Grosses bises à partager.
Véro, Fred, Capu, Georges et Péné.
- ajouté par Fred VH,vanheems@live.com le 27/12/2010 à 13h40
A Paris nous sommes bloqués sous la neige on se croirait à Val d'Isère. les gens sont restés bloquées des heures voir la nuit entière dans leur voiture. petite pensée pour toi Babeth certaines personnes parties faire leurs courses chez Auchan à Vélizy ont du dormir là-bas! bref, profitez bien du soleil!!!!! quelle chance! nous pensons fort à vous et vous souaitons de très belles fêtes de Noël autour de votre "mât sapin"
kiss tiphaine
- ajouté par tiphaine,tiphdeb@yahoo.com le 12/12/2010 à 13h50
Oi!
nous vous envions d etre a Rio: ayez une pensee pour notre carioca qui aimerait bien etre a votre place.
Nous vous embrassons MUITO. Nous ici premiers flocons de neige hier et nous allons chausser nos patins a glace ce week end!!!!!
Beijo des ro.
- ajouté par caro,cfilou@hotmail.com le 22/11/2010 à 14h32
Avez-vous aimé Ilha Grande et la plage de Lopez Mendes. ?
Avez-vous vu des tortues et des dauphins ?
Bref avez-vous atteint le Paradis ?
J'espère que le temps est meilleur qu'à Rio
Antoine et Alice gardent un excellent souvenir des enfants
Bon vent
Je vous embrasse tous les 6
- ajouté par Sophie Trouve,trouvecancale@orange.fr le 22/11/2010 à 11h06
Coucou à vous et bonne fête Elisabeth !
Vous suivre est une vrai joie familiale, et quelles belles photos !!
Nous vous embrassons bien fort .
- ajouté par Maman de Luc Bansept, le 17/11/2010 à 18h45
Coucou à vous tous !! je suis ravie de voir que tout se passe bien ! je suis au boulot et je montre à mes collègues toutes vos photos ! Du coup, il y a au moins 3 personnes qui veulent faire le même tour du monde à la voile !.... entre dire et faire!!! Un gros bisous aux enfants, pleins de courage au capitaine et surtout une bonne fete à toi !!!
a très bientot
caro
- ajouté par caroline feredie,cdferedie@aliceadsl.fr le 17/11/2010 à 14h26
Bonne fête Elisabeth!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Et merci encore à tous pour la part de rêve que vous nous offrez régulièrement, nous pauvres terriens. Bises de l'autre côté de l'équateur (j'ai vérifié dans le lavabo, l'eau tourne tjs dans le même sens, c'est d'un monotone...) Isabelle.
- ajouté par Isabelle Pons,dumezisabelle@yahoo.fr le 17/11/2010 à 12h57
Petit message pour Babeth (désolée les gars mais c'est un message de fille à fille :-)) : "Tu es trop bien avec tes cheveux courts !!!! Garde les comme ça !!!!! "
Kiss
- ajouté par Daph,daphfontaine@gmail.com le 03/11/2010 à 09h37
Grandes traversées
Le Geckoblog
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Le canal de Panama
C'est un moment important pour nous. En franchissant ce canal, nous bouclons notre tour de l'Amérique du sud. Cela a toujours été notre objectif affiché mais la route était si longue que beaucoup de choses pouvaient arriver. Il ne nous reste plus qu'à rentrer à la maison. Encore 4500 miles quand même !
Gecko est à vendre. Description dans la rubrique Gecko
Photos de l'arrivée dans la rubrique Photo
Traversée Atlantique retour
Pas prévue au départ, ce retour par l'Atlantique nous donne l'occasion de visiter quelques pays bien différents de ce que nous avions vu jusqu'à maintenant; les Bahamas, les Bermudes, les Açores avant de revoir nos chères côtes de Bretagne.
Le bilan du Gecko
Retour sur un an de voyage en famille. Comment cela s'est-il passé ? Comment avons-nous vécu l'école par correspondance ? Si c'était à refaire? Un dernier article pour tenter de répondre à toutes vos questions.
Bilan
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Les Chiffres
18500 miles 364 jours à une vitesse moyenne d'environ 120 miles par jour soit approximativement un jour sur deux passé en mer si l'on tient compte des 45 jours dans les canaux de Patagonie où l'on ne navigue que de jour.
1100 heures de moteur soit environ 30 % du temps. C'est beaucoup pour quelqu'un qui n'aime pas du tout le moteur et qui navigue à la voile dès que le vent le permet. Plusieurs raisons à cela. La remontée des canaux de Patagonie se fait essentiellement au moteur. Nous n'avons pas eu beaucoup de vent lors de la traversée atlantique retour. Notre planning un peu serré nous obligeait à ne pas trop trainer en route.
Le bilan du Gecko
Meilleure journée : 160 miles en 24 hrs - Atlantique nord
Moins bonne journée : 8 miles en 12 hrs- Détroit de Magellan
Meilleure vitesse instantanée : 13 nuds (8 nuds de courant) Nord de Chiloé Chili
Plus grande traversée : Cap Vert Salvador des Bahia : 1900 miles 16 jours
Plus longue période en autonomie : Puerto Williams Chiloé : 6 semaines
Plus haute altitude : Gecko : 26m Canal de Panama. L'équipage : 5 200m Désert du sud Lipez Bolivie
12 pays traversés : Madère Canaries Cap Vert Brésil Argentine Chili Pérou Panama - Turks and Caicos Islands Bermudes Açores France mais seulement 4 langues pratiquées : portugais, espagnol, anglais et français
Nombre de visiteurs sur notre site : plus de 15 000. Ahurissant !
Finances: Achat du bateau : 74 k€ Travaux et équipements : 44 k€ Prix de revente espéré : 100 k€. Dépenses pendant l'année de navigation tout compris : 29000 € soit 2400 €/mois. Cela inclu notamment la sortie du bateau de l'eau à Buenos Aires, notre voyage au Perou et le passage du canal de Panama. En dehors de cela, les plus gros postes sont le tourisme aux escales, la nourriture et le gasoil.
Le parcours :
Un an pour faire le tour de l'Amérique du Sud, pour les non-initiés, cela semble un peu lent. On nous a souvent demandé ; « Vous partez un an ? Et vous faites le tour du monde ? ». Eh bien non, nous n'avons fait que le tour de l'Amérique du Sud.
En revanche, pour ceux qui naviguent et en particulier ceux qui voyagent en bateau, c'est extrêmement rapide, voir insensé. Même s'ils ont la courtoisie de ne pas nous le dire. 18 500 miles, soit plus de 30 000 km, à la vitesse d'un jogger du dimanche, cela fait beaucoup de temps passé en mer. Un jour sur deux environ, et presque autant de nuits à faire des quarts. La plupart des navigateurs en année sabbatique se contente d'un tour de l'Atlantique, soit environ la moitié de la distance. Quant à ceux qui n'ont pas de date de retour, pas de contrainte de planning, ils prennent en général encore plus leur temps. Au Cap Vert, nous avons rencontré une famille qui était partie depuis 12 ans. Nos enfants ne comprenaient pas qu'ils aient pu mettre 12 ans alors que nous avions mis 2 mois. A chacun son rythme et il est vrai qu'on ne fait pas les mêmes rencontres pendant une escale de 3 jours que pendant une escale de 3 semaines.
En revanche, on ne peut pas dire qu'on n'a rien eu le temps de voir. Au contraire, nous avons admiré un nombre incroyable de paysage, traversé toutes sortes de climats, observé une grande variété de faune et de flore, découvert de nombreuses cultures très différentes les unes des autres. Certes, on a manqué les chutes d'Iguaçu, on ne s'est pas arrêté en Uruguay, on n'est pas passé loin des Galapagos et on a fait que traverser les Caraïbes mais on ne peut pas tout faire. On s'était fixé quelques objectifs (Rio, Buenos Aires, le Cap Horn, les canaux de Patagonie, le Pérou, Panama) et on s'y est tenu. Il faut en garder pour la prochaine fois.
Le bateau.
La sélection du bateau a certainement été le choix le plus difficile que nous ayons eu à faire sur l'ensemble du projet. Gecko est assez éloigné du bateau idéal que nous avions imaginé avant de partir. Elisabeth le voyait plus moderne, plus confortable, peut-être un peu plus grand. Yannick l'aurait bien voulu plus léger, plus véloce.
Finalement, Gecko était un excellent choix, sans doute le meilleur compromis que nous puissions espérer. Ses trois principales qualités sont la sécurité, la robustesse, et la fiabilité. Sécurité avec son cockpit profond et protégé. Pas besoin de gilet ni de harnais, par tout type de temps, tant qu'on reste dans le cockpit, aucun risque de passer par-dessus bord. Robustesse de sa coque en acier. On ne redoute ni les hauts fonds, ni la glace, ni les OFNI (objets flottants non identifiés). Fiabilité de son gréement, de son moteur, de son système de barre. Une avarie sur un seul de ces éléments et tout notre projet tombait à l'eau.
L'équipement.
Là encore, notre planning ne nous permettait aucune panne significative. Un arrêt de une à deux semaines pour réparer ou attendre des pièces de rechange aurait sérieusement compromis notre projet.
Ce qui a particulièrement bien tenu :
- Le pilote automatique (Raymarine ST6000) a barré 20 000 miles sans le moindre problème. La barre hydraulique n'est pas très riche en sensations et nous naviguons sous pilote 99% du temps. Le pilote de rechange n'est pas sorti de sa boite. Quant au régulateur d'allure, que nous pensions indispensable, nous l'avons trouvé beaucoup trop imprécis et laborieux à mettre en place.
- L'ordinateur de bord marinisé. Là encore, pas un seul souci.
- Le système de télécom ordinateur/Iridium. A part notre panne de téléphone, nous avons pu envoyer et recevoir des mails d'absolument partout. Nous sommes ainsi restés en contact avec la famille et les amis ce qui faisait vraiment plaisir à tout le monde. Nous n'avons quasiment jamais appelé mais cela reste un élément de sécurité très appréciable. A la fin du voyage, il nous reste environ 200 minutes sur les 500 de notre forfait.
Ce que nous avons particulièrement apprécié :
- La météo par internet. Nous prenions nos informations météo sur le site gratuit Grip US sous la forme de champs de vent, de pression et de probabilité de précipitations. Avant chaque étape, nous téléchargions à terre les prévisions à 7 jours sur une large fenêtre autour de la zone de navigation. Cela donne une bonne idée des systèmes météo en cours. Puis, après 4 ou 5 jours, nous reprenions avec l'Iridium des prévisions sur une zone beaucoup plus réduite (pour limiter la taille des fichiers), autour de notre position. Cela nous a donné entière satisfaction. La qualité des prévisions est étonnante. Nous ne nous sommes jamais fait surprendre par du mauvais temps ou une rotation de vent. A force de pratiquer, on finit aussi par connaître le système. Notamment qu'il ne faut pas hésiter à rajouter 10 nuds sur les vitesses de vent prévues. On pouvait également estimer la fiabilité des informations en fonction de la situation. Quel progrès extraordinaire pour la navigation de plaisance. C'est un bon en avant aussi important que le GPS. Sans cela, notre voyage aurait été très différent. Il suffit de relire les « Damien » de Gérard Janichon pour s'en convaincre.
- Le poêle à fuel Refleks. Avec un système d'allumage détestable, un kit de montage mal foutu et une documentation absolument lamentable, il équipe cependant la plupart des bateaux que nous avons croisés à Ushuaïa. Il faut dire qu'il est on ne peut plus robuste et, qu'une fois allumé, il diffuse une bonne chaleur dans tout le bateau. En revanche, à moins d'avoir une cheminée très adaptée, donc très encombrante, impossible de le mettre en marche par grand vent ou mer agitée sans risquer d'asphyxier tout l'équipage. Redoutant le froid, nous avions également installé un chauffage Eberspacher à circulation d'eau avec un radiateur dans chaque cabine. Ce système assez perfectionné et donc assez délicat nous a très peu servi. De plus, il est bruyant et consomme beaucoup plus de fuel.
- L'ancre Kobra. 35 kg quand même ! C'est la plus grosse du catalogue. Elle ne nous a jamais trahi, y compris par 45 nds de vent et 6 nds de courant à Puerto Deseado. Le plus difficile fut de trouver un moyen de la caler à bord.
Trois regrets :
- L'antenne wifi extérieure. Nous n'avions jamais navigué avec un ordinateur à bord et nous n'imaginions pas que quasiment tous les ports sont équipés d'une connexion wifi. Nous l'avons beaucoup regretté, surtout quand il faut trimbaler le portable dans l'annexe, sous la pluie, trouver une prise et l'adaptateur qui va avec, etc alors que les voisins téléphonent à leurs familles depuis leur carré bien douillet.
- Le lave-linge. Avec quatre enfants qui ne font pas très attention et un mari qui bricole, Elisabeth a passé beaucoup de temps à courir les « lavanderias ». Il existe des petites machines peu encombrantes qui auraient trouvé leur place à bord. Vu ce que nous avons dépensé en laveries, nous l'aurions largement rentabilisé.
- L'hydrogénérateur. Dans certaines conditions, les panneaux solaires et l'éolienne ne couvrent pas entièrement nos besoins en énergie. Au portant, par mer formée, le pilote travaille beaucoup et le vent apparent n'est souvent pas suffisant pour compenser la consommation pendant la nuit. Et ces conditions-là, nous les avons eu très souvent (le parcours a été décidé pour cela). C'est quand même dommage de devoir faire tourner le moteur. Les hydrogénérateurs sont en plein développement. Ils n'étaient pas encore suffisamment fiabilisés au moment de notre départ, mais la prochaine fois, c'est sûr, il remplacera le régulateur sur le tableau arrière.
Bilan 2
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Le Bilan du Gecko(2)
Nos impressions.
Exceptionnel ! Inoubliable ! Fantastique ! On a tous adoré cette année en bateau. Nous voulions une aventure familiale tout en faisant un beau voyage, cela a largement dépassé nos espérances. S'il est encore difficile de prédire ce qu'il restera de cette aventure dans quelques années, en revanche nous sommes tous convaincus d'avoir fait un voyage extraordinaire.
Quand on nous demande quel a été notre meilleur souvenir, le moment le plus fort ou le plus beau mouillage, on a vraiment du mal à n'en citer qu'un. Les images se bousculent dans la tête, des paysages, des endroits mythiques, des rencontres
Cette année restera comme une année à part dans notre vie. Une année pendant laquelle on ne court pas après le temps, même si le temps a passé très vite. Une année sans une seule journée où l'on se dit « vivement demain », sans un seul instant où l'on se demande « qu'est-ce qu'on fait là ». Une année où l'on vit chaque moment intensément et où demain reste un autre jour.
Des moments difficiles, nous en avons eu quelques-uns ; coup de vent, mauvais temps, pluie, mal de mer, tracasseries administratives des mauvais moments, aucun ne nous vient en tête. On nous demande souvent si nous avons eu peur. Jamais vraiment. En revanche, la descente le long des côtes de l'Argentine est plutôt angoissante. On se remémore tout ce que l'on a lu ou entendu sur les fameux 40ème hurlants et 50ème rugissants et quand on n'a jamais, comme nous, vécu de véritable coup de chien, on se demande un peu ce qui nous attend. On a beau faire très attention aux prévisions météo, il est quasiment impossible de passer à travers. Mais comme nous a dit un copain, marin professionnel, 40 nuds, c'est juste 10 nuds de plus que 30 nuds. Finalement, nous avons eu 45 nuds de vent à deux reprises, une fois au mouillage et une fois en navigation. Mais nous ne nous sommes jamais sentis en danger. Il faut quand même reconnaitre que nous avons eu de la chance. Trois semaines avant nous, plusieurs bateaux ont subi 110 nuds de vent devant le détroit de Lemaire, et cela aurait très bien pu nous arriver.
Un an. Trop long ? Trop court ?
Quand j'écris ces lignes, nous sommes à quelques jours de notre arrivée sur les côtes françaises. Nous sommes tous pressés de retrouver famille et amis. Le parcours et le rythme de notre voyage ne nous a pas permis de rencontrer beaucoup d'autres bateaux ni de passer beaucoup de temps avec eux. De plus la taille de Gecko ne nous a pas permis non plus d'accueillir du monde à part nos parents. Du coup nous avons hâte de quitter cette vie un peu solitaire.
En revanche, personne n'a trouvé cela trop long. En fait, on ferait bien une petite pause de quelques semaines avant de repartir encore 3 ou 4 mois. Il y a des tas d'escales qui nous font rêver et même les enfants sont avides de nouvelles découvertes. Quand on leur demande ; « si c'était à refaire, qu'auriez-vous aimé faire différemment ? », tous répondent qu'ils auraient bien aimé passer par les Galapagos, faire escale sur l'ile de Pâques, passer par les Antilles mais personne n'envisage un parcours plus court.
Finalement, un an nous a semblé une bonne durée. Nous ne nous voyons pas partir des années sans vraiment de planning ni de date de retour comme nombre d'équipage que nous avons croisé. Pour nous, un voyage en bateau, c'est un bon morceau de vie, mais ce n'est pas La Vie.
Repartirons-nous ? Oui probablement mais pour un projet totalement différent. Les enfants grandissent vite et bientôt ils ne voudront plus passer leurs vacances avec papa et maman. Quant à nous, nous ne nous voyons pas partir très longtemps juste tous les deux. On rêve plutôt de croisières de 3 à 4 mois intercalés de longues périodes en France en retrouvant à chaque fois le bateau là où on l'avait laissé. Et ce ne sont pas les destinations qui manquent ; Norvège, Canada, voir passage du Nord-Ouest. Finalement c'est ce que fait Isabelle Autissier qui laisse son bateau à Puerto Williams et va chaque année faire un tour du côté de l'antarctique.
L'école.
Ecole obligatoire pour les enfants, école de patience pour les parents. Enseigner c'est un métier et pas forcément un métier facile. On peut vous l'avouer, on s'est souvent énervé, on a crié pour ne pas dire hurler et ça s'est parfois terminé par des pleurs. Et on n'aurait pas dû. Il faut dire qu'en cours particulier, qui plus est avec nos propres enfants comme élèves, nous ne laissions rien passer. Les dauphins devaient se demander ce qui se passait dans ce bateau au milieu de l'Atlantique. Heureusement, les enfants n'ont pas eu l'air de trop nous en vouloir et ils reprenaient courageusement leur travail chaque matin sans trop rechigner.
Contrairement à la plupart des bateaux que nous avons rencontrés, nous travaillions surtout en navigation pour profiter le plus possible des escales. Cela faisait passer un peu le temps en occupant environ 3 heures chaque jour. Du coup, nous avons eu quelques situations un peu cocasses ; Benoit, le visage blanc comme un linge, la main sur la bouche qui demande timidement : « Maman, je peux faire une pause, je ne me sens pas très bien ? ». La sonnerie de la récré était parfois remplacée par un cri venant du pont ; « Poisson ! » ou encore « Baleines ! ». Elisabeth enseignait de préférence le français et Yannick les maths, mais cela changeait en fonction des humeurs ou de la fatigue de la nuit de quart précédente.
Nous connaissions les cours du CNED pour les avoir pratiqués pendant trois ans lors d'une précédente expatriation en Asie, mais c'était avec des répétiteurs qui préparaient cours et exercices d'application. Cette fois-ci, c'était à nous d'enseigner. Appréhendant les difficultés, nous cherchions à simplifier au maximum notre tâche. Nous nous sommes renseignés et nous avons opté pour les cours Legendre, une des nombreuses écoles privées qui proposent des cours par correspondance. Les cours et les exercices nous ont semblés très bien préparés et faciles à suivre. De plus le fonctionnement nous convenait parfaitement. Nous avons pu recevoir tous les documents à l'avance et tout embarquer avant le départ. Les enfants avaient des évaluations toutes les deux semaines, sans contrainte de date limite, que l'on envoyait dès que l'on croisait une poste. Les corrections étaient renvoyées à nos parents qui nous les faisaient suivre quand ils pouvaient. Pas besoin d'internet, ce qui aurait été un peu contraignant à certains endroits un peu reculés.
Finalement, enseigner à ses enfants, même si ce n'est pas très facile, est une chance extraordinaire et une grande joie. Leur faire comprendre des raisonnements, les faire progresser, les voir réfléchir, chercher et finalement réussir un exercice de math, trouver un accord grammatical, tout cela restera des moments forts de nos relations parents/enfants. Cela peut aussi être une chance pour eux car nous sommes entièrement disponibles pour revenir sur un point qu'ils n'ont pas compris ou une leçon qu'ils n'ont pas assimilée, ce qui n'est pas toujours possible en classe. Nous verrons comment ils se réadapteront à une scolarité normale, mais ils passent tous dans la classe supérieure et nous sommes tous fiers des résultats obtenus.
Santé
Elisabeth avait traité le sujet assez sérieusement et s'était offert un stage de deux jours de secours en milieu isolé organisé par l'association Sail The World. Elle avait appris à faire une piqure, à recoudre une plaie et surtout à faire un diagnostic en fonction des symptômes observés. Elle en était revenue un peu déprimée à l'idée de tout ce qui pouvait nous arriver, mais beaucoup mieux préparée. Cette formation lui a aussi permis de constituer une trousse de secours assez complète, adaptée à nos besoins.
Entente à bord
En visitant notre cabine avant de partir, une bonne amie n'a pas pu s'empêcher de nous dire ; « Il va falloir bien vous entendre ». Nous nous sommes très bien entendus. Une chance extraordinaire et surtout un vrai bonheur de vivre ensemble pendant un an non-stop. La relation avec les enfants a parfois été tendue lors du travail scolaire, mais une fois les cahiers fermés, tout était oublié. Il s'est créé une certaine complicité entre eux et nous qui, nous l'espérons, résistera longtemps aux difficultés de la vie. Enfin, les enfants se sont magnifiquement entendus entre eux. Il y a bien sur eu quelques cris, parfois même quelques coups bas mais les brouilles n'ont jamais duré bien longtemps. Là encore, nous espérons que cette connivence résistera au temps.
Retour à terre
Finalement et heureusement, la trousse de secours ne nous a quasiment pas servi. Il n'y a eu aucun accident et nous ne nous sommes jamais aussi bien portés qu'en mer. Les seuls petits maux dont nous ayons souffert (problèmes digestifs, mal de tête, petites plaies ) se sont produits à terre et en particulier lors de notre escapade au Pérou. Elisabeth a quand même expérimenté son matériel de couture à Ushuaïa sur une amie qui s'était profondément coupée à la main avec du verre. Enfin, certains ont un peu souffert du mal de mer lors de traversées un peu agitées. Nous avons essayé pas mal de trucs mais sans grand succès. (Il parait que les huiles essentielles marchent bien). Heureusement, après deux jours, tout rentrait dans l'ordre.
Bon à savoir : Nous avons expérimenté le Centre de Consultation Médical Maritime (CCMM) de Toulouse alors que Marin souffrait d'une diarrhée infectieuse au Cap Vert. Des médecins, très au fait des conditions sanitaires lors d'un voyage en bateau, répondent aux appels des navigateurs 24/24. Ils sont capables de faire un diagnostic par téléphone et de décider d'un traitement en fonction des médicaments disponibles à bord. Ce service gratuit et à disposition de tous les voyageurs, nous a semblé extrêmement sérieux et peut s'avérer très précieux en cas de coup dur.
On sent bien qu'on va vite avoir envie de repartir. Mais pour repartir, il faut d'abord rentrer. La fin de ce projet qui nous a beaucoup occupé depuis quelques années, crée un vide et nous ne savons pas encore comment nous allons le remplir. Donnons-nous du temps et laissons nous inspirer par tous ces gens qui font des choses extraordinaires.
Il va nous falloir quelques semaines voir quelques mois pour digérer notre aventure et analyser ce qui a changé et ce que l'on ressent. Une chose est sure, les enfants ont retrouvé leur vie terrestre sans aucune transition. Dès le premier pas sur le quai, ils ont retrouvé leurs copains et ont repris leurs activités comme s' ils les avaient quittés la veille. Pour notre part, les retrouvailles avec la famille et les copains qui nous ont si formidablement accueillis, ont été telles que nous n'avons pas vraiment eu le temps de gamberger. Cela sera pour plus tard. Tout juste avons-nous eu le temps de constater que la société de consommation n'a pas faibli, bien au contraire, que l'on court toujours partout sans avoir rien le temps de faire et qu'il faut mieux être fort, riche et bien portant que le contraire car la vie ne fait pas de cadeaux.
Retour Atlantique
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Retour par l'Atlantique
Nous sommes aux iles San Blas à Panama. Le GPS indique qu'il reste 4500 miles en route directe pour rentrer à la maison. Comme nous l'avons déjà expliqué, cette traversée atlantique retour ne faisait pas partie de notre programme initial. Nous pensions mettre le bateau sur un cargo et rentrer en avion. Mais voilà, même si certaines compagnies font beaucoup de publicité sur les transports de voiliers par cargo, cela ne s'applique qu'à des routes très fréquentées et à des périodes ciblées. Vous ne serez pas surpris d'apprendre que nous sommes complètement en dehors des cibles. Les rares propositions que nous recevons avoisinent le prix du bateau, à des dates et pour des destinations qui ne nous conviennent pas. Pas question non plus de faire ramener Gecko par un convoyeur. Ils refusent de le faire en ce début de période cyclonique. C'est donc décidé, nous rentrons par nos propres moyens.
Nous nous plongeons donc dans les guides de navigation et les Pilot Charts, ces cartes marines où sont représentées les statistiques des conditions météo (direction et force du vent, courant, trajectoires des cyclones, pression atmosphérique, température de l'air et de l'eau, probabilité de coup de vent, de brouillard, etc ) rencontrées par les navires sur toutes les mers du monde et pour chaque mois de l'année. La partie la plus délicate est la traversée de la mer des Caraïbes. Il faut s'attendre à des vents et des courants contraires et même à pas mal de mer. En revanche, nous sommes rassurés sur le risque cyclonique. Fin juin, début juillet il est encore très faible et surtout concentré sur le Golfe du Mexique. De plus, les prévisions météo dont nous disposons devraient nous permettre de les voir arriver suffisamment à l'avance pour avoir le temps de les éviter. Après les Caraïbes, c'est la traversée de l'Atlantique retour classique avec juste un petit crochet vers le nord pour contourner l'anticyclone des Açores.
Le planning est serré. D'autant plus que nous ne voudrions pas rentrer trop tard en France afin de préparer sereinement la rentrée et de refaire une beauté à Gecko en vue de sa mise en vente. Et comme la famille et de nombreux copains souhaiteraient nous accueillir sur le quai, nous fixons carrément la date et même l´heure de notre arrivée au samedi 6 août à l'écluse de 13h. Nous étions partis le 7 août, ça fera donc 364 jours de voyage. Phileas Fogg n'aurait pas fait mieux.
La traversée des Caraïbes
La route la plus directe passe entre Cuba et Haïti. Mais quelle escale choisir ? Nous aurons besoin de nous réapprovisionner. On ne trouve absolument rien aux San Blas et le dernier avitaillement date de Panama. Nous hésitons ; la Jamaïque, Cuba, les Bahamas. Pas facile de se faire une idée précise de ces escales assez peu fréquentées. Finalement nous retenons Providencial Island sur l'archipel anglais des Turks and Caicos. Les formalités d'entrée ont l'air simple. Il semble que des marinas confortables nous permettront de bien nous reposer après une traversée qui s'annonce éprouvante. Et on trouve paraît-il de tout pour l'approvisionnement.
La météo nous réserve une très bonne surprise. Une dépression s'installe sur l'Amérique Centrale et nous envoie pas mal de pluie mais surtout un bon flux de Sud-Ouest tout à fait exceptionnel dans ce secteur. Nous déposons donc les parents de Yannick un peu plus tôt que prévu sur une ile déserte et sous une bonne averse tropicale et filons plein nord au portant. Le temps est tellement maussade qu'on a du mal à réaliser qu'on est aux Caraïbes mais on en profite pour filer à bonne vitesse en route directe ce qui était tout à fait inattendu. C'est à ce moment-là que le téléphone satellite nous lâche. Ce n'est pas l'idéal en début de saison cyclonique. Nous essayons de capter d'autres météos par radio mais sans succès. Nous nous contenterons des prévisions à longue échéances prises avant de partir et qui se révéleront par ailleurs excellentes.
Depuis que nous avons quitté l'intense trafic de Panama, nous ne croisons plus un chat. Tant mieux, les quarts de nuit n'en sont que plus tranquilles. Les premiers bateaux que nous apercevons sont des barques de pêcheur dans le Canal du Vent à l'Est d'Haïti que nous passons par un temps de demoiselle. On nous avait conseillé de ne pas nous arrêter en Haïti encore extrêmement affecté par le terrible tremblement de terre. Cela pouvait être dangereux et de toutes les façons, nous ne trouverions aucun approvisionnement. Le matériel de pêche semble tristement à l'image du pays. Nous zigzaguons entre les flotteurs des filets, simples bidons en plastique retenus par des bouts de ficelles. Et ce qui devait arriver arriva, nous finissons par nous prendre la quille dedans. Déjà à bord d'une barque, quelques pêcheurs rament énergiquement dans notre direction sans doute très inquiets pour leur précieux matériel. Yannick décide de plonger et finit par nous dégager sans avoir à couper quoi que ce soit. Sans doute reconnaissants, les pêcheurs nous offrent une partie de leur pêche. Ce ne sont que quelques poissons de roche, pas des plus fins, mais leur générosité nous éblouit. Hélas, ils ne parlent que créole et l'échange est limité à quelques mots. On se souhaite bonne chance réciproquement avec les yeux.
Plus tard, une rencontre bien différente nous attend. Nous sommes survolés par un hélicoptère des Coast Guards américains qui tourne plusieurs fois au-dessus de nous en nous faisant des signes. Puis c'est le navire porte hélicoptère qui semble se rapprocher discrètement. Intrigués, nous essayons de les contacter par VHF mais sans aucune réponse. Ce sont eux qui, un bon moment plus tard finiront par nous contacter en nous posant poliment mais fermement tout un tas questions pour nous identifier ; Nom du bateau, immatriculation, indicatif, nombre de personnes à bord, provenance, destination Nous en profitons pour leur demander une météo mais ils nous font patienter une bonne vingtaine de minutes prétextant qu'ils préparent un bulletin à notre intention. En fait, nous sommes en plein sur la route entre les principaux pays producteurs de drogue et les Etats Unis. Cette attente leur est probablement nécessaire pour vérifier notre identité avant de déclarer laconiquement : « You are clear ». Du coup on continue notre route sans oser demander des nouvelles de DSK.
C'est aussi à ce moment-là que Yannick est recontacté par son employeur. C'est la période des affectations et c'est plutôt sympa de savoir que l'on pense à lui. En revanche, notre situation n'est pas idéale pour discuter carrière ou se renseigner sur les fonctions qu'on lui propose. Pas facile de joindre le directeur de la filiale du Moyen Orient quand on est au milieu de la mer des Caraïbes et qu'en plus, c'est le moment qu'a choisi le téléphone satellite pour rendre l'âme. Finalement, ses interlocuteurs se montreront très patients et compréhensifs et Yannick finira par accepter un poste à Paris pour travailler sur un projet en mer Caspienne qui semble passionnant. Mais ces quelques contacts auront un impact psychologique non négligeable. Ce sont les premiers signes de la fin du voyage. Il faut commencer à penser à la suite, ce qui ne nous était pas arrivé depuis bien longtemps.
L'archipel des iles Caicos est un massif coralien d'une soixantaine de miles de diamètre, et ressemble à l'image que l'on se fait des Bahamas ou des iles du Pacifique. Des iles brûlées par le soleil, où seuls poussent quelques palmiers et quelques plantes grasses, entourent un immense lagon bleu turquoise. Une fois dans le lagon, on commence à comprendre pourquoi la plupart des tour-du-mondistes privilégient les dériveurs. Ici la profondeur d'eau varie entre 2 et 3 mètres. Pas facile quand on cale 2,2m. La navigation pendant des heures, un il sur le sondeur, l'autre guettant les variations de coloration de l'eau, est un peu stressante. Nous finissons plantés à un mile au large de la marina que nous attendions depuis des jours. Frustrant ! Nous en sommes quittes pour faire les aller-retour en annexe. Il faudra profiter du marnage de 50 cm le lendemain pour s'amarrer enfin à un quai. En tous cas, le fond de quille a profité d'un bon nettoyage. Il est nickel !
Caicos Island
La saison est terminée à Provo (pour Providencial), les marinas sont vides. Nous nous amarrons sur le quai principal tout en fleur. Les douches sont à 30m et nous captons wifi à bord ce qui nous permet de téléphoner à la famille et à quelques copains via Skype. Comme nous essayons de le faire à chaque escale, nous mettons également à jour notre site web. Cela nous prend énormément de temps, mais les très nombreux messages que nous recevons nous encouragent à le faire. Et puis le compteur indique le nombre absolument incroyable de plus de 10 000 visiteurs. Ahurissant !
Nous louons une petite voiture pour refaire l'avitaillement au supermarché. On y trouve effectivement à peu près de tout, mais comme rien n'est produit sur place, tout est importé et les prix s'en font ressentir. Une fois et demi à deux fois les prix français, trois à quatre fois les prix d'Amérique du Sud. Nous en profitons pour visiter un peu l'ile et plonger avec nos masques et tubas le long des superbes plages qui bordent l'ile. Ce sera une des plongées les plus riches en faune et flore sous-marine que nous ayons eu. Nous y verrons notamment les fameux Lion Fish, ces poissons aux multiples ailes très légères qui semblent voler comme des voiles tout autour de leur corps. Ils nous rappellent les drapeaux des danseurs qui entourent les dragons lors des cérémonies du nouvel an chinois. Mais ces splendides créatures cachent dans leurs ailes un poison mortel extrêmement dangereux et nous ne sommes pas très rassurés de voir les enfants plonger tout autour pour mieux les observer. Même Mathys, qui maîtrise le tuba depuis quelques semaines, commence à vouloir voir les poissons de plus près, même si cela se termine encore souvent par une bonne tasse.
Seul ombre à ce tableau en tous points idyllique, les moustiques qui feront qualifier les Caicos par Elisabeth de pire mouillage de tout le voyage. Nous sommes en pleine saison des pluies et l'eau s'accumule en grandes flaques sur le sol calcaire. Il y a tout ce qu'il faut pour que les moustiques foisonnent et transforment nos nuits en cauchemars. Tous les sprays, les diffuseurs et autres spirales n'ont aucun effet sur eux. Nous essayons de nous protéger en nous enroulant dans nos draps. Et comme nous étouffons à l'intérieur du bateau, nous finissons par tous dormir sur le pont ce qui fait bien rire le chef du port lorsqu'il arrive le matin pour prendre son travail.
Nous ne nous éternisons donc pas et reprenons la mer à la marée haute suivante en direction des Iles des Bermudes. Cette traversée assez courte, poussés par le vent et le courant du Gulf Stream, restera comme la moins ventée de tout le voyage.
Retour Atlantique 2
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Retour Atlantique (2)
Les Bermudes
« We survived the Bermuda triangle ». C'est l'inscription figurant sur le tee-shirt le plus vendu de toutes les boutiques touristiques du coin. Moitié mythe, moitié réalité, le fameux triangle des Bermudes se situe entre la Floride, les Antilles et les iles éponymes, passage obligé de la plupart des navires de retour vers l'Europe. Mais ces disparitions mystérieuses, corps et âmes, ne concernent pas uniquement la marine à voile des temps anciens, on recense également des navires modernes et même des avions, et ce, jusqu'à la fin des années 90. L'explication la plus plausible serait d'énormes bulles de méthane libérées accidentellement du fond de la mer. Ces bulles feraient perdre aux navires leur flottabilité les envoyant très rapidement par le fond sans leur laisser le temps de lancer aucun appel de détresse. Quant aux avions, ils exploseraient en vol en traversant le nuage hautement inflammable.
Nous avons donc survécu, pour découvrir des iles bien propres et bien soignées. Les pelouses sont impeccables, bordées de massifs de fleurs bien taillés. Les maisons peintes aux couleurs pastelles sont toutes couvertes d'un toit blanc immaculé prévu pour récupérer l'eau de pluie. Il faut dire qu'ils ne disposent d'aucune source naturelle et doivent se faire livrer de l'eau par camion-citerne. La vie devait être un peu compliquée avant que l'usine de désalinisation ne s'installe. La côte est très découpée et chacun dispose de son petit mouillage pour le bateau qui leur permettra de se rendre le week-end sur une des magnifiques plages bordées d'eau turquoise. Sacrés rosbifs, une fois de plus ils ont bien réussi leur métissage avec la culture caribéenne des anciens esclaves. Pour preuve, les jeunes banquiers que l'on croirait directement sortis de la City et que l'on croise au centre de Hamilton, la capitale. Ils portent tous, en dessous de leur costume-cravate impeccable le fameux bermuda ainsi que les chaussettes qui remontent jusqu'aux genoux et retenues par un élastique à chaussettes. Yannick rêve de faire la même chose à la Défense les jours de canicule.
Tout comme aux iles Caicos, la vie est ici extrêmement chère. Une pizza dans un restaurant est à 30$ et une heure d'ordinateur au café internet est à 12$. Nous en avons pourtant cruellement besoin car notre portable vient de rendre l'âme succombant probablement aux durs traitements que nous lui faisons subir depuis un an. Le coût de la vie n'a pas l'air d'effrayer les touristes américains qui débarquent en masse par avion ou par paquebot de croisière dans ce climat subtropical à deux heures de vol de la côte Est des Etats Unis. En tout cas, cela ne doit pas poser de problème au propriétaire de Mirabela V, ce sloop pharaonique qui doit faire près de 60m de long. La tête de mât de Gecko arrive péniblement au-dessus de la première barre de flèche de son mat qui en comporte 5 étages.
Cette escale est aussi l'occasion pour nous de rencontrer d'autres bateaux de voyages dont 3 ou 4 français, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Certains partent passer l'été au Canada tout proche avant de redescendre à l'automne le long de la côte Est des Etats Unis. Terre neuve, St Pierre et Miquelon, le fleuve St Laurent, la Nouvelle Ecosse, New York Des destinations qui font rêver et qui nous donne des idées pour notre prochain voyage. C'est lors de cette escale que nous rencontrons Ezéchiel et Florence, un couple d'argentins avec leurs deux filles Josephina et Pilar. Ils sont partis il y a un an et demi de Buenos Aires pour une durée indéterminée sur une vielle coque en acier. Ezéchiel a de l'or dans les mains et en profite pour équiper petit à petit son bateau à partir de pièces de récupération ou de reliquats d'autres bateaux. Leur projet est de franchir le passage du Nord-Ouest au-dessus du Canada avant de redescendre vers l'Amérique du Sud coté Pacifique. Si le réchauffement climatique rend le passage possible quasiment toutes les années, la route reste absolument mythique et le projet laisse Yannick rêveur.
Mais il est temps de partir. Nous avons récupéré notre nouveau téléphone Iridium et les pleins sont faits. 1800 miles nous séparent des Açores, passage quasi obligé sur la route retour vers l'Europe. C'est à peu près identique que la traversée aller avec le pot aux noirs en moins mais le contournement de l'anticyclone des Açores en plus. Temps magnifique et petite brise au portant nous attendent pour une des traversées les plus agréables que nous ayons eu. C'est aussi pendant cette traversée que Marin bat son record de pêche : coryphène de 8 kgs pour 1,15 m. On s'est régalé pendant 3 jours !
Les Açores
Nous atterrissons sur l'ile de Flores, la plus occidentale de l'archipel et trouvons une place dans le petit port tout neuf inauguré deux jours plus tôt. Nous avons mis 13 jours ce qui est très honorable quand certains de nos voisins de ponton ont mis jusqu'à 40 jours. Il faut dire qu'en partant des Antilles et en coupant à travers l'anticyclone on peut vite se retrouver englué dans des calmes blancs pendant des jours et les bateaux n'ont pas tous comme nous de grosses réserves de fuel.
Nous sommes sous de charme de cette petite ile dont nous faisons le tour dans une voiture de location. Ici les hortensias poussent comme les ronces chez nous. Les murets qui délimitent chaque lopin de terre en sont envahis. Ils sont tous en fleurs et les couleurs varient entre le bleu très pale et le bleu océan en passant par le bleu turquoise. Splendide !
A 24 heures de navigation, nous entrons dans le port de Horta sur l'ile de Faïal. Idéalement placé sur la plupart des routes transatlantiques, c'est l'escale incontournable. La marina voit passer plus de 1 000 bateaux chaque année en provenance et à destination d'à peu près tous les coins de l'Atlantique. Faïal est une des rares iles au monde qui accueille plus de touristes venant en voiliers qu'en avion. Le port en est devenu l'une des attractions de l'ile. Il y règne en permanence une ambiance de fête digne des grands rassemblements nautiques. Les pavillons de toutes les nationalités flottent dans les mâts. Les équipages arpentent les ruelles pittoresques de la petite ville et refont le monde au fameux « Café des sports » qui accueille les marins de passage depuis trois générations. Certains naviguent sur des bateaux magnifiques, tout neuf, qui valent dix fois la valeur de notre Gecko, d'autres sur des vieux rafiots qui en valent dix fois moins. Mais tous ont un parcours magnifique et des tas d'histoires à raconter. Nous sommes tout surpris de réaliser qu'il y a autant de bateaux qui voyagent comme nous. Nous avions l'habitude d'en retrouver une poignée à chaque escale, et encore pas tout le temps. Ici ils sont des centaines. Nous lions des amitiés comme on cueille des pâquerettes au bord d'un chemin, par brassées. On promet de rester en contact, de se revoir. Et puis chaque jour c'est un équipage de copains qui disparait à l'horizon et un autre qui apparait.
La tradition veut que chaque bateau laisse une trace de son passage. Du coup les quais et les murs du port en sont couverts. Cela porte chance. Chacun y va de son coup de pinceau. Certains sont de vrais artistes, d'autres de piètres gribouilleurs, mais tous y mettent tout leur cur. Nous nous attribuons un petit bout de quai où les intempéries ont fait disparaître l'uvre de nos prédécesseurs et nous nous mettons tous à la tâche. Finalement, nous sommes assez fiers du résultat. Mais c'est déjà notre tour de partir. C'est qu'on nous attend dans 2 semaines à l'écluse de la Rance et on n'a pas envie de manquer cela.
Dernière traversée.
Mardi 2 août, 6h30 du matin. J'aperçois Ouessant dans le contrejour du soleil levant. Les dauphins qui jouaient dans notre étrave depuis quasiment deux jours nous ont quittés. Peut-être ont-ils pensé que nous n'avions plus besoin d'eux maintenant, que nous étions arrivés en terre connue. Et c'est vrai que déjà on entend sur la VHF, la voix familière du CROSS qui régule le trafic à l'entrée de la manche avec un accent français à couper au couteau. On n'arrive cependant pas complètement en terre connue puisque, à part Elisabeth du temps des croisières estivales sur le bateau familial, nous ne sommes jamais allés à Ouessant. C'est d'ailleurs pour cela que nous l'avons choisi pour notre atterrissage. Cela retarde encore un peu le vrai retour. Il faut dire que depuis le 11 août de l'année dernière, date à laquelle nous avions quitté Brest pour Madère, nous ne sommes jamais entrés dans un port connu. Alors on n'a pas trop envie que ça change.
Les enfants ont du mal à tenir en place. Depuis qu'ils ont terminé leurs cours par correspondance, ils ont trois heures de plus par jour à occuper. Elisabeth redouble d'imagination pour leur trouver des activités ; bracelets brésiliens, broderie, pompons en laine, cuisine. Yannick leur fait faire de la gouache. Mais ils commencent à avoir fait le tour des jeux et des livres qu'ils avaient emmenés. Ils passent un peu de temps à jouer sur l'ordinateur ou à regarder des vidéos même si on limite le plus possible. Du coup ils inventent leur propre jeu avec cartes, billets, missions et armées. Ils rêvent de le faire éditer.
Les conditions n'auront pas été très favorables pour cette dernière traversée. Un anticyclone qui nous oblige à faire un large détour par le nord ajoutant 100 miles à la route directe. Des vents faibles nous obligeant à faire beaucoup de moteur. Un temps qui tourne rapidement au brouillard et au crachin breton alors que nous sommes en plein cur de l'été. Et, pour couronner le tout pas le moindre poisson au bout de la ligne. Il nous aura fallu 11 jours pour parcourir les 1180 miles de la route directe. Ce n'est pas très glorieux. Mais on pense à Remy et Charlie, rencontrés à Horta. Ils n'ont qu'un moteur hors-bord sur leur Lariflette III. Quand on les a croisé en mer il y a 3 jours, ils n'avaient presque plus d'essence et à cette heure, ils doivent être en train de se trainer dans la pétole.
Chaque soir, c'est le rituel du mail. On envoie à la famille notre position ainsi que les dernières nouvelles du bord. En même temps on récupère les messages que l'on nous a envoyés. On sent qu'à terre aussi on attend l'arrivée avec impatience. Le compte à rebours a commencé. L'excitation monte de jour en jour dans les quelques lignes que nous recevons. Ils ont tous organisé leurs vacances en fonction de cette date et seront quasiment tous là pour notre arrivée. Mathys lui, sent bien quelque chose de spécial se prépare mais il a du mal à comprendre. « Mais maman, Ouessant, c'est une petite partie de la France ? Et à marée basse, on peut aller en France à pied ? »
Je regarde le loch et souris. 18 360 miles. Belle virée !
Panama
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Nous arrivons à Panama après 10 jours d'une navigation agréable depuis Lima. Nous nous attendions à des calmes plats, des orages tropicaux et beaucoup de trafic maritime et ce fut tout le contraire. Seule la grosse chaleur lourde et humide correspond à ce que l'on avait imaginé. Depuis le nord du Pérou, où polaires et pantalons étaient encore indispensables pour les quarts de nuit, le changement s'est opéré très vite lorsque l'on a quitté le courant du Humbolt qui remonte de l'Antarctique tout le long de l'Amérique du sud. Nous suons à grosses gouttes et prenons vite (un peu trop) des couleurs.
Avant d'arriver à Panama city, nous décidons de faire une courte escale aux îles de las Perlas, à 40 miles au sud. Nous rêvons depuis longtemps de piquer une tête dans les eaux chaudes. Cela ne nous est plus arrivé depuis Rio. Mais avant le bain chaud, c'est plutôt les sueurs froides qui nous attendent. Nous ne possédons pas de cartes précises de l'archipel et Yannick décide quand même de tenter de couper entre 2 îlots afin d'atteindre un archipel qui semble prometteur. Mal lui en prend ! La marée montante transforme notre approche prudente en une cavalcade incontrôlée à 3 ou 4 nuds. Les fonds remontent rapidement et l'étroitesse de la passe ne nous permet plus de faire demi-tour. On touche une première fois, puis on repart complètement de travers. Elisabeth, à l'étrave, essaie de nous guider, la quille heurte à nouveau le fond, Gecko pivote et s'immobilise avec 15° de gite au milieu de la passe. Yannick est furieux contre lui-même,
Elisabeth s'imagine déjà la fin du voyage et les enfants nous dévisagent ne sachant que penser. La situation n'est pas des plus confortables. L'étrave est à quelques mètres des récifs, nous ne savons pas si le courant nous porte vers des zones plus, ou moins profondes et en marche arrière, nous exposerions dangereusement le safran. Heureusement, le temps de gonfler l'annexe pour sonder les alentours, la mer est montée et nous arrivons à nous dégager sans dommage. Un peu refroidis dans nos appétits d'exploration, nous finissons par jeter l'ancre devant la première plage et profitons d'une agréable fin de journée, seuls au monde.
Le lendemain, nous faisons route vers Panama. Nous sommes jeudi. L'idée est de consacrer notre journée de vendredi aux formalités administratives afin d'essayer d'obtenir un passage du canal le plus tôt possible la semaine suivante. Echaudés par nos différentes expériences dans la plupart des pays d'Amérique du sud, nous appréhendons ces démarches dans un pays où les occidentaux sont plutôt mal acceptés après des années de gestion américaine du canal. Hélas, il n'y aura pas de bonne surprise. Nous commençons par perdre pas mal de temps au Yacht Club de Balboa que nos différentes sources d'information donnaient pourtant comme le lieu idéal pour préparer le transit. Malgré une bonne demi douzaine de bouées vacantes, ils prétendent qu'il n'y a plus de place de libre. Flairant le gain facile, le responsable du port essaie de nous trouver une solution « de la main à la main », mais cela ne marche pas non plus. Nous parvenons quand même à descendre à terre pour régulariser notre entrée à Panama et faire viser nos passeports au
bureau de l'immigration. Le préposé est installé dans une cabane de 2m par 3 au bout de la jetée. Il nous fait tous rentrer et nous demande de fermer la porte « pour la clim ». Nous sommes quasiment sur ses genoux. Après avoir rempli quelques papiers, nous recevons le tampon sésame. C'est tout ?!? C'était trop beau pour être vrai. Il nous manque les photocopies de tous nos documents. De plus, ce bureau ne peut délivrer de visa. Il nous faudra passer à un autre bureau qui se trouve à 15 minutes en taxi. Yannick s'y rend dès le lendemain. Le bureau, à peine plus confortable que l'annexe du port, se trouve au premier étage d'un immeuble, juste au dessus d'un supermarché. Aucun panneau, aucune indication, heureusement que le taxi connaissait. Là, ça se complique. On lui demande un tas de papiers que le premier douanier avait bien évidemment oublié de mentionner.
- Et où puis je me procurer tous ces papiers ?
- Aux autorités maritimes.
- Où cela se trouve t il ?
- ?
Une des préposées finit par lui indiquer un bâtiment pas très loin. Yannick s'y rend, parcourt les bureaux et les étages. Les fonctionnaires tentent gentiment de l'aider mais personne ne semble bien comprendre de quoi il s'agit. On tourne en rond. Yannick décide finalement de retourner vers le port où on lui a parlé d'un bureau de l'autorité maritime. Effectivement il tombe enfin sur le bureau compétent et les documents se remplissent rapidement : permis de navigation, liste d'équipage, déclaration générale. Et puis, miracle, la suite des réjouissances se trouve dans un bureau tout proche : déclaration de douane, acte d'inspection du bateau par le ministère du développement agricole, déclaration de quarantaine.
- Avez-vous des animaux ?
- Non.
- Des plantes ?
- Non.
- Des poubelles ?
- Ben ,oui ?! Forcement, après 10 jours de mer.
- Oh la la ! Vraiment ! Vous en avez beaucoup ?
- Heu non, en fait je n'en ai pas.
- Ah bon, je préfère cela.
Chaque papier évidemment a un prix : 193$, 1,5$, 12$, 35$, 40$. Le bureau d'immigration ne fait que les sorties de territoire mais pas les entrées. Il faut donc retourner au centre ville pour obtenir les visas définitifs. Et de 20$ de plusou de moins ! Sans compter les taxis, les photocopies Après coup, on s'est demandé si tout cela était bien nécessaire. Il y a beaucoup de papiers que l'on ne nous a jamais demandés et certains bateaux rencontrés plus tard s'en sont dispensés. Mais comment savoir ? En fait, la plupart des voiliers de voyage prennent un agent qui se charge de tout moyennant 100 à 150 $ sans qu'ils aient même besoin de mettre le pied à terre. C'est d'autant plus nécessaire que de nombreux d'entre eux ne parlent pas espagnol. Nous, nous préférons essayer de nous en sortir par nous même. C'est parfois un peu épique, mais c'est un bon moyen de se faire une idée sur le fonctionnement du pays.
Il est 14 heures. Il reste 1h30 avant que les bureaux de l'autorité du canal ne ferment. Yannick reprend un taxi et se fait conduire dans le bâtiment qu'on lui a indiqué. Ce n'est pas là. Re taxi, puis marche. On le balade d'un bâtiment à l'autre. Il faut bien imaginer que l'Autorité du Canal, c'est une véritable institution à Panama. Des milliers de personnes y travaillent. Ses bâtiments occupent tout un quartier de la ville. Personne ne sait ou Yannick doit se rendre mais chacun s'emploi à l'aider et l'envoie voir un peu plus loin. 1h30 plus tard, il arrive enfin devant le bon bâtiment, juste à l'heure de sa fermeture. « Il faut revenir lundi ». Rageant !
Panama
Nous passons la journée de samedi chez Céline et Thomas (Thomas est le frère de très bons copains rencontrés à Aberdeen), qui sont en expat à Panama depuis 6 ans. Nous ne nous connaissions pas mais ils nous accueillent comme leur famille. Nous profitons largement de leur piscine et de la superbe vue qu'ils ont de toute la baie. Le dimanche, nous visitons la vieille ville de Panama avec les parents de Yannick qui nous ont rejoints pour une dizaine de jours. Nous visitons également le passionnant musée du canal qui raconte la fantastique épopée de sa construction à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème.
Les démarches administratives reprennent le lundi matin et Yannick se rend à la première heure au bureau du canal. Moins de 5 minutes sont nécessaires pour enregistrer la demande. C'est vraiment rageant de ne pas avoir pu faire cela vendredi. La prochaine étape est la jauge du bateau. Un inspecteur doit venir vérifier que « Gecko » est capable de passer sans encombre. Un rendez-vous est pris pour le lendemain. Notre homme semble avoir plus l'habitude des cargos que des voiliers. Nous répondons « oui, oui » à toutes ses questions et obtenons le sésame. Il ne reste plus qu'à payer : 1500$ quand même ! Dont 8OO$ de caution en cash uniquement ! Nos 2 cartes bleues sont au plafond et Yannick passe encore 2 heures à HSBC à faire l'interprète entre HSBC Panama et Paris. Il finit par obtenir sa liasse de billets verts et sort, pas très à l'aise, les poches pleines de petites coupures. Mais les billets ne font que transiter et il se sent rapidement plus léger !
Il faut attendre 18 heures le soir pour connaitre la date de notre passage. On nous avait parlé de jeudi qui aurait été idéal. Finalement ce n'est pas possible avant dimanche. 4 jours à attendre. Nous décidons de nous échapper de la chaleur et des eaux polluées de Panama et de retourner aux îles de Las Perlas. Ouf, on souffle enfin ! Les eaux turquoises et les plages de sable blanc, bordées par la forêt tropicale nous offre un paysage de carte postale à deux pas de la capitale. Les eaux chaudes regorgent de poissons multicolores. Une grande murène ondule au dessous de nous. Pour la première fois, la pèche sous-marine est fructueuse et les enfants sont très fières des 5 poissons qui feront notre déjeuner.
Dimanche matin, de retour à Panama, nous embarquons Bastien et Céline. Le règlement nous impose pour le transit, une personne à la barre et 4 aux amarres. Les enfants ne comptent pas. Avec Papito et Mamita, il nous manque donc une personne. Nous avions rencontré par hasard ce jeune couple français qui voyage sac sur le dos, pour un an, en Amérique du Sud. Ils aimeraient bien passer le canal en bateau. L'affaire est donc vite conclue pour le bonheur de tous. Il nous reste à embarquer notre pilote qui nous rejoint avec une demi-heure de retard à l'entrée du canal. L'homme est affable et nous montre avec dédain comment mettre une aussière au taquet, sans nous adresser la parole. Il veut que l'on coupe nos belles aussières de 100 mètres pour obtenir les 4 aussières de 38 mètres règlementaires. Yannick refuse catégoriquement. Finalement nous nous présentons vers 9h30 devant la première écluse, en même temps q'une petite vedette catamaran. Notre pilote communique directement avec le poste de contrôle. Après plusieurs contrordres, il est décidé que nous passerons dans l'écluse ouest, au cul d'un cargo et à couple d'un remorqueur. Il n'y a pas assez de place pour le cata qui éclusera donc seul. Le sas fait environ 300 mètres de long pour 30 mètres de large et permet de monter de 9 mètres, ce qui fait environ 100 000 m3 d'eau douce pour une petite vedette de 15 mètres. Etonnant qu'on ne puisse pas mieux planifier les passages surtout quand le temps d'attente est d'une à deux semaines pour chaque transit.
Le cargo qui nous précède est à la largeur maximale. Vu de l'arrière, il a l'air d'un éléphant que les remorqueurs poussent dans une porte trop petite pour lui. En fait, il y a une marge de 2 pieds (60 cm) de chaque coté, ce qui ne fait quand même pas beaucoup. Ce sont 6 locomotives sur rail qui le centrent dans l'écluse avec des câbles et c'est le pilote, à la passerelle qui les commande par radio. On se sent bien petit coincé entre de tels montres et les immenses portes d'acier de l'écluse. Les bassins se remplissent rapidement et les remous secouent notre Gecko qui tire sur ses aussières.
Trois écluses plus tard, nous sommes à 26 mètres d'altitude. Gecko n'a pas l'air de trop souffrir du mal des montagnes. Nous nous engageons sur le lac Gatun, un immense lac artificiel créé pour servir de voie navigable et de réservoir d'eau pour alimenter les écluses. Nous avons une vingtaine de miles à parcourir sur ce lac, au moteur obligatoirement. On espérait voir des perroquets, des éléphants de mer, des crocodiles. Mais rien de tout cela. Nous ne croisons que des cargos, des dragueurs, des remorqueurs. Nous arrivons de l'autre côté vers 16 heures, beaucoup trop tard pour espérer ressortir le jour même. L'éclusage se fait maintenant dans le sens nord sud. Notre cher pilote nous abandonne à une bouée de mouillage au bord de la forêt. Il fait chaud et personne ne résiste à piquer une tête dans l'eau douce et chaude du lac.
Toujours pas de crocodiles, ils ne savent pas ce qu'ils perdent ! Nous organisons notre nuit à bord, 10 personnes, on n'avait jamais été si nombreux. Heureusement Bastien et Céline ont leur hamac et chacun trouve sa place. Le lendemain, nous sommes réveillés par les singes hurleurs, en revanche, aucune trace de notre pilote. Il est parait-il coincé dans des grèves à Panama. C'est finalement le capitaine d'un remorqueur qui vient nous dépanner. Très sympa, il nous donne plein d'explications sur le fonctionnement du canal et nous fait même écouter à la VHF les échanges entre le pilote d'un cargo et les remorqueurs lors d'une manuvre d'accostage. Cette fois nous sommes devant un porte containeurs, le niveau d'eau descend très vite, plusieurs centimètres par seconde. On a l'impression d'être dans une baignoire qu'on serait en train de vider. Le niveau baisse très vite mais sans aucun remous, et nous retrouvons bientôt les eaux de l'atlantique.
C'est un moment important pour nous. En franchissant ce canal, nous bouclons notre tour de l'Amérique du sud. Cela a toujours été notre objectif affiché mais la route était si longue que beaucoup de choses pouvaient arriver. Aujourd'hui, c'est chose faite et nous ne réalisons pas vraiment. Même si c'est loin d'être un exploit sportif, ni même une première, peu de gens ont choisi cette route et encore moins l'ont réalisé en un an. Mais avant tout, c'est une aventure familiale unique, qui nous l'espérons restera comme un lien indestructible entre nous. La boucle est bouclée. Il ne nous reste plus qu'à rentrer à la maison. Encore 4500 miles quand même !
Nous abandonnons nos équipiers à Porto Bello de nuit et sous la pluie. On se promet de rester en contact et de se raconter mutuellement la suite de nos voyages. Le temps de diner et nous voilà repartis jusqu'aux iles des San Blas. Nous y arrivons au petit matin sous la grisaille. L'archipel de quelques trois cents iles est peuplé par les indiens Kuna. Sous dépendance de Panama, ils ont su garder au fil de leur histoire une grande indépendance vis-à-vis de cette tutelle. Seuls les Kunas peuvent investir ou commercer dans ces iles et les mariages interethniques sont formellement interdits. Du coup ces iles paradisiaques restent très préservées et seuls quelques navigateurs ont le privilège de découvrir les richesses culturelles encore intactes de ce peuple. L'artisanat est essentiellement constitué de mollas, sorte de patchwork de tissus multicolores cousus à la main. Le costume des femmes en est couvert. Elles portent également des bracelets de petites perles de couleur qui recouvrent presque entièrement leurs jambes de motifs géométriques comme des collants.
Flinch, venu à notre rencontre sur sa pirogue, nous déniche une superbe langouste avec laquelle nous fêtons un peu en avance les anniversaires de Benoit et de Mamita. Il insiste pour emmener les enfants sur sa pirogue à voile puis nous invite à visiter son ile-village. Les maisons serrées les unes contre les autres sont en feuilles de palmiers et abritent une vingtaine de personnes qui dorment dans des hamacs. Au milieu, un grand bâtiment, la salle du conseil où se prennent toutes les décisions de la communauté. L'ile, plutôt propre et bien tenue, n'est qu'à 2 ou 3 dizaines de centimètres au dessus du niveau de la mer. Que se passera-t-il avec la montée des eaux ? Plusieurs villages ont parait il déjà disparu.
L'après-midi, nous partons explorer les iles alentours. Malheureusement le temps n'est pas de la partie. Entre deux averses, nous plongeons sur une épave échouée tout près de la plage. Les coraux et les poissons l'ont investi et les enfants plongent sous les ponts du bateau à la poursuite des poissons perroquets.
Mais déjà, il faut partir. La dépression centrée sur l'Amérique Centrale et à qui l'on doit ce temps exécrable doit nous amener un bon flux de sud ouest tout à fait exceptionnel sur cette zone normalement balayé par les alizés. Il ne faut pas manquer cette occasion. Nous abandonnons Papito et Mamita sur une île déserte comme le faisaient autrefois les capitaines avec ceux qui s'étaient rendus coupables de mutinerie et filons vers le nord est. Nous visons le Canal du Vent entre Cuba et Haïti pour une escale dans les iles britanniques de Caicos Island.
Perou-Bolivie
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Après dix jours de mer depuis Valparaiso, nous entrons au radar dans la baie de Calloa, le grand port industriel de Lima. A cause du courant froid qui nous accompagne depuis le grand sud, la côte est plongée dans un épais brouillard une bonne partie de l'année et ce n'est qu'au dernier moment que nous apercevons le Yacht Club Peruano dans lequel nous espérons pouvoir laisser notre Gecko le temps d'une escapade dans le pays.
Si l'accueil du Yacht club est très sympathique, il ne nous faut pas moins de 3 jours et quelques centaines de dollars pour officialiser notre entrée dans le pays. Comme le dit l'expression, « ce n'est pas le Pérou ». Cela nous permet cependant de faire la connaissance de quelques français expatriés et de visiter Lima qui présente bien peu de charme mis à part son centre historique. La ville ressemble à un immense bidonville construit de bric et de broc et que traverse une circulation bruyante et puante dans un chaos indescriptible.
Voyage au Perou et en Bolivie
Nous finissons par nous envoler pour Cusco, la cité Inca. Malgré le flot continuel de touristes, la ville a su garder son charme fait d'un mélange de vestiges Inca et de bâtiments coloniaux. Si les marchands de produits artisanaux ont envahi les rues, on voit encore partout ces femmes qui semblent venir du fin fond des Andes portant leur chapeau melon traditionnel et un bébé dans le dos enveloppé dans une couverture péruvienne. La cathédrale est splendide avec sa voute immense et même là, on retrouve des traces de la tradition Inca. Les vierges par exemple, sont représentées dans des grands vêtements triangulaires de la forme des montagnes que vénéraient les Incas.
Nous sommes à 3300m d'altitude et il nous faut quelques jours pour nous acclimater. Nous souffrons tous plus ou moins de migraines et de maux de ventre sans parler du souffle qui nous manque dès que nous gravissons trois marches. Cela tombe bien, il y a plusieurs sites archéologiques passionnants autour de la ville et nous devons organiser notre prochaine randonnée en montagne. Les enfants nous tannent depuis des semaines pour faire une grande ballade en dormant sous la tente.
En attendant, nous logeons dans une auberge bien particulière. Installée dans les hauteurs de Cusco ; l'Hospedaje Tourismo Caith apporte quelques revenus à une association qui vient en aide à des jeunes filles envoyées par leurs familles des villages andins pour travailler comme domestiques dans la ville de Cusco. Très jeunes et complètement livrées à elle-même, elles sont souvent traitées dans des conditions qui frôlent l'esclavagisme. Vittoria, octogénaire italienne leur consacre sa vie depuis plus de 15 ans, leur apportant soutient, réconfort et éducation. Nous partageons quelques repas avec l'équipe de volontaires et surtout avec Vittoria dont la présence et la vitalité ne cesse de nous impressionner. Elle n'hésite pas à se lever à 3h du matin pour préparer le petit déjeuner des touristes en partance pour un treck comme nous le ferons quelques jours plus tard.
Notre première excursion est consacrée à la ville de Pisac, dans la vallée sacrée. Nous prenons un des minibus sans âge, qui fait la liaison plusieurs fois par jour entre les deux villes. Il suffit d'un signe pour l'arrêter sur le bord de la route et bientôt, le minibus se retrouve plein comme un uf, chargé de gens, mais aussi de sac des produits les plus divers à destination des marchés. Quand ils découvrent les enfants, les paysans nous font de grands sourires et là, on découvre le trésor caché des Incas. Tout l'or et l'argent que les conquistadors ont cherché pendant près de 300 ans se trouve dans le sourire des péruviens.
Le marché de Pisac n'est plus qu'un grand marché artisanal destiné aux touristes. Les étalages de fruits et de légumes ont été repoussés à l'autre bout de la ville. Nous pénétrons dans un petit restaurant où l'on fait cuire des empanadas dans un grand four à bois. Les enfants s'amusent à regarder un curieux élevage de cochons d'Inde installé dans une grande cage. Soudain, le cuisinier sort du four un grand plat de viande. Nous nous approchons pour découvrir que ces petits animaux bien grillés sont en fait des cochons d'Inde. Stupeur, dégout et coup d'il compatissant à leurs camarades qui attendent sagement leur tour .
Aussi bien pour profiter du splendide chemin qui serpente entre les cultures en terrasse, que pour nous entrainer un peu en vue de notre prochaine balade, nous décidons de gravir à pied, les 500m de dénivelé qui nous séparent du site Inca. La vue est splendide sur ces coteaux domestiqués par l'homme il y a si longtemps. Chaque terrasse forme une courbe harmonieuse qui souligne le relief de la montagne. Au sommet de l'étroit éperon rocheux, c'est une véritable ville qui continue à être mise en valeur par des travaux permanents de restauration. Assez peu fréquenté par les touristes car difficile d'accès, le temple dédié au soleil s'ouvre un instant à nous seul. Nous sommes émus par l'atmosphère qui y règne.
Le départ pour notre grande expédition approche. Nous avons choisi un treck de 3 jours et deux nuits qui nous conduira à travers la montagne, près du site du Machu Pichu. Un mini van vient nous chercher à 4 heures du matin à notre auberge. Pendant des heures, nous grimpons dans la montagne par des routes impossibles jusqu'à passer un col à 4500m en plein brouillard et au milieu de la neige. Nous sommes un peu inquiets car notre équipement est bien léger pour de telles conditions. Puis nous redescendons vers le village de Lares à l'heure où le marché commence à s'installer.
Notre treck commence par une baignade dans les eaux thermales de Lares où se mélangent péruviens venus passer le week-end et randonneurs étrangers comme nous. Pendant ce temps, Leonidas, notre cuisinier prépare notre déjeuner à base de délicieux légumes frais et de riz. Il est temps de partir. Nos gros sacs seront chargés sur les chevaux ainsi que la nourriture et les tentes. Cinq heures de marche nous attendent pour rejoindre le village où nous passerons la nuit. Partout dans la montagne, nous croisons du monde ; des hommes lourdement chargés, des femmes et des enfants qui gardent leur troupeau de moutons et de lamas. Samuel, notre guide, nous explique le mode de vie de ces populations qui cultivent le maïs jusqu'à 3800 m et la pomme de terre à plus de 4200 m d'altitude. Ils élèvent quelques bêtes ; des poules, des porcs et des lamas dont les fameux alpacas, un de ses cousins dont la laine est si douce. Les femmes filent et tissent à longueur de journée. Régulièrement, ils descendent dans les villages de la vallée pour troquer leur production.
Un peu plus loin, les muletiers nous ont déjà monté nos tentes pour la nuit, ainsi que la tente messe avec sa table et ses chaises pliantes. Ca c'est du camping Léo, lui, est déjà en train d'éplucher les légumes pour le diner. Il ne cessera de nous impressionner et de nous régaler durant toute la randonnée avec ses plats nombreux et variés réalisés sur deux feux au gaz à même le sol. Cette fois, il s'est installé chez nos hôtes, une famille de paysans qui nous offre un coin de leur jardin. Nous en profitons pour jeter un coup d'il à leur intérieur. C'est une maison d'une seule pièce construite de grosses pierres empilées et jointes avec de la terre. Le toit est en paille qui pourrie rapidement et doit être recouverte chaque année d'une nouvelle couche. Le sol est irrégulier, en terre battue. On devine quelques planches qui doivent servir de paillasses pour dormir les uns serrés contre les autres sans aucune intimité. Sans doute
En fin d'après midi, nous débouchons dans une vallée beaucoup plus austère, traversée par une grosse rivière sur les bords de laquelle s'étend un petit village. Nous sommes à 3700 m d'altitude et la végétation se fait rare. Déjà, les enfants accourent dans notre direction espérant se voir offrir quelques sucreries. Rapidement un match de foot France-Pérou s'organise devant la petite chapelle. Les petits français nous étonnent, eux qui semblaient épuisés il y a seulement quelques minutes retrouvent immédiatement leur souffle et leur vitalité. Des petites filles s'approchent curieuses. Tous sont pieds nus dans des sandales faites avec du caoutchouc de pneu de voiture. Certains portent la coiffe ou la couverture traditionnelle aux couleurs si chaleureuses mais bien sales.
pour éviter de mettre le feu à la toiture, le conduit de la cheminée est un simple tube de tôle qui passe à travers le mur n'assurant qu'un bien piètre tirage. Du coup, l'intérieur de la maison est complètement noir, couvert de suie. En fait, comme il n'y a pas de bois aux alentours, le feu n'est qu'un feu de brindilles ou de tourbe, juste de quoi faire cuire la nourriture, pas assez pour se chauffer. Il n'empêche, l'atmosphère devient rapidement irrespirable. Un des derniers gouvernements péruviens avait du juger indispensable qu'ils accèdent à la modernité. Du coup, les maisons sont toutes reliées à l'électricité. Cela leur permet d'allumer une misérable ampoule au milieu de la pièce et, « luxe suprême » d'avoir la télévision. Que peuvent-ils bien retenir de cette fenêtre sur le monde extérieur ?
Autres vestiges des bonnes intentions des gouvernements successifs, l'évier en ciment à l'extérieur qui n'a jamais été relié à l'eau courante et les latrines en tôle ondulée bleue qui semblent abandonnées. Si ces initiatives en faveur de l'hygiène semblent louables, l'impact visuel est assez regrettable.
Samuel nous explique que malgré la rudesse de leur vie, ces familles restent traditionnellement très attachées à leur terre. A l'époque des Incas et jusqu'à récemment, celles-ci représentaient une richesse beaucoup plus grande que l'or et l'argent.
Le lendemain, une grosse journée nous attend. Léo nous réveille à 6 heures du matin avec une tasse de maté de coca (infusion de feuille de coca) servie au lit. C'est mieux que le Ritz. Nous attaquons la montée après un bon petit déjeuner. Nous devons passer un col à 4450 m mais le ciel se couvre et le brouillard commence à envahir la vallée. Au bout de 2 heures, nous sommes rattrapés par Léo et les muletiers qui étaient restés derrière pour finir de ranger le camp et qui se dépêchent pour aller nous préparer notre déjeuner derrière le col. Ils prennent Mathys sur un des chevaux et nous voyons disparaitre notre petit dernier dans le brouillard avec des hommes dont il ne comprend pas la langue.
Perou Bolivie 2
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La pluie commence à tomber. Une bonne bruine que le vent nous lance au visage. Nous sommes vite trempés et transits dans nos cirés mal adaptés. Les jeunes cap-horniers craquent les uns après les autres. Dur, dur Heureusement, nous finissons par passer le col et derrière, le temps s'améliore rapidement. La soupe chaude qui nous attend pour le déjeuner est réparatrice. Nous pouvons reprendre la longue descente qui nous conduira le lendemain soir à Ollantaytambo. Et c'est dans son magnifique site inca que nous retrouverons les hordes de touristes qui font la queue pour gravir 3 marches. « Ah, vous êtes français ? Ca fait du bien d'entendre du français ! Quatre garçons ? Ils ne vont pas à l'école ?... » Bref, ils ne nous avaient pas manqué.
Voyage au Perou et en Bolivie (2)
De là, nous prendrons le train pour Aguas Calientes, la petite ville touristique au pied du site du Machu Pichu. Cela fait beaucoup rire Benoit de dormir à « Eaux Chaudes ».
Le Machu Pichu est un des sites touristiques les plus visités au monde. Pour en limiter l'impact, le nombre d'entrées est limité à 3000 personnes par jour. Malgré cela, l'engouement est immense. Le camino inca, qui permet d'accéder au site après 3 jours de randonnée sur les sentiers jadis empruntés par les incas, est limité à 500 personnes par jour et il faut réserver plusieurs mois à l'avance. Pour gravir le Wayna Pichu, la petite montagne qui domine le site, les touristes font la queue dès 4 heures du matin pour espérer obtenir un des 200 sésames journaliers. Face à cela, la stratégie des Geckos est la suivante ; partir tard pour profiter de l'après midi au calme et monter au site à pied plutôt que de nous entasser dans les bus qui dégueulent les touristes par centaines à l'entrée du site. La stratégie est gagnante. Après une visite guidée très intéressante, nous disposons de tout l'après midi pour flâner au milieu des ruines. Nous profitons à fond de l'atmosphère extraordinaire de cette ville parfaitement conservée qui garde encore aujourd'hui une bonne partie de ses mystères. Les enfants jouent aux explorateurs pendant que nous savourons les couleurs du soir allongés dans l'herbe au milieu des lamas.
Retour à Cusco, puis voyage en bus jusqu'à Puno sur les bords du lac Titicaca. Cette fois, nous voulons éviter les tours opérateurs et utiliser les transports en commun. Nous devons prendre un minibus en direction de la péninsule de Capachica. Nous errons à la recherche de l'arrêt de bus, au milieu d'un quartier qui sert de marché, avec nos gueules de touristes, casquettes sur le tête et sac sur le dos. On finit par nous indiquer l'entrée d'un garage ou une vague banderole affiche les noms de plusieurs lieux dont celui de Capachica. Une quinzaine de personnes semble attendre et nous prenons notre place dans la queue. Nous ne sommes pas très à l'aise. Nous sommes bien loin du quartier touristique surveillé et policé et une vieille dame nous met en garde en nous conseillant de bien surveiller nos bagages.
L'attente s'éternise. Nous sommes vendredi saint, c'est férié, alors il y a beaucoup moins de bus que d'habitude. Certains essayent de profiter de la situation et on nous propose de nous emmener pour des sommes « astronomiques » (20 à 30 euros). Finalement, un minibus arrive. Tout le monde se précipite. On n'y croit plus. Nous sommes parmi les derniers de la queue, sans parler de ceux qui coupent devant tout le monde. Il n'y aura jamais assez de place pour tout le monde. Mais les gens rentrent, se serrent, nous libèrent de la place et nous font signe de rentrer. 23 personnes pour 15 places, sans compter les sacs sur le toit, on peine un peu dans les montées.
C'est à l'arrivée que l'on paie le trajet en fonction du nombre de places occupées. Les enfants sur les genoux ne payent pas. Ca se complique un peu dans le cas d'un bus bondé où on ne sait plus très bien qui était sur les genoux de qui. Notre voisine intercède en notre faveur et insiste auprès du conducteur pour que l'on ne paie que 4 places. Cependant, à 4 soles (1 euro) la place pour une heure et demi de trajet, nous réglons vite le problème.
En discutant avec une des jeunes filles qui fait le trajet avec nous, elle nous indique que ses parents tiennent une auberge à Llachon justement là où nous souhaitions nous rendre. Nous évitons de trop nous engager mais elle téléphone discrètement pour prévenir de notre arrivée. Une femme nous attend donc sur la place du village de Llachon dans ses beaux habits traditionnels. Elle parle assez mal espagnol, seulement le quetchua. Elle nous guide jusqu'au hameau de Santa Maria, à l'extrémité de la péninsule. Sur le bord du chemin, Felix nous accueille avec son grand sourire. C'est le chef de la communauté. Il nous explique que nous logerons chez notre guide et que le diner sera servi chez lui dans la salle commune. Il nous organise également la traversée en barque vers l'ile d'Amantani pour le lendemain.
La maison est constituée de 3 bâtiments en adobe qui entourent une petite cours intérieure. Des fleurs courent le long des murs et des arbres fruitiers offrent de l'ombre à la terrasse. Tout est soigné, et le paysage rappelle celui de la méditerranée. Les deux chambres d'hôtes, avec vue sur le lac, sont décorées avec gout. Des
roseaux tressés tapissent les murs et des couvertures colorées ont été disposées sur les tables. L'installation électrique est minimale mais permet d'éclairer les chambres et si besoin de charger un portable. Il y a même une petite salle de bain avec wc et eau courante. Felix nous explique le soir que 7 familles du voisinage se sont ainsi organisées pour recevoir des touristes. Ils ont suivi des formations et reçu une habilitation pour cela, ce qui explique la qualité du service qui nous est offert. En ce moment, ils sont en train de se former pour la restauration afin que chaque famille puisse servir le diner à ses hôtes. Effectivement, le petit déjeuner servi le lendemain matin n'est pas tout à fait au point. Mais ils sont tellement aux petits soins pour nous qu'on leur pardonne aisément. Ce développement touristique communautaire fait plaisir à voir et nous regrettons qu'un tel système ne soit pas mis en place dans les villages des montagnes que nous avons traversés pendant notre treck. Chacun reçoit à tour de rôle assurant ainsi un petit revenu supplémentaire aux familles. Le problème, nous explique Felix, c'est que la plupart des touristes passent par l'intermédiaire d'agences qui prélèvent une grosse part du bénéfice. Et comme ils n'ont accès ni au téléphone, ni à internet, il est difficile de faire venir les gens directement. En fait, c'est la fille de Félix, celle que nous avons rencontré dans le bus, qui depuis Puno où elle fait ses études, répond aux appels et s'occupe du site web.
Le lendemain, nous prenons la barque pour Amantani, une des grandes iles du lac. Arrivés sur le quai du petit port, même système, nous sommes tout de suite affectés à une famille. Il se trouve qu'on est justement chez un chef de communauté. Le soir, c'est la veillée pascale. Il a invité d'autres familles à venir voir « La passion du Christ » en DVD. Ils ont sorti la télé et amené un groupe électrogène pour la faire fonctionner. Ils nous proposent de nous joindre à eux. C'est comme cela qu'on se retrouve dans la salle commune faiblement éclairée par quelques bougies à regarder la télé. Tous sont en habits traditionnels, les femmes assises par terre au centre et les hommes sur les bancs tout autour. On s'observe les uns les autres en souriant. Nos enfants s'endorment à moitié, assis par terre et les femmes insistent pour prendre ces petits blondinets sur leurs genoux. Les hommes, eux, s'offrent réciproquement des feuilles de coca à mâcher. Ce rituel semble très symbolique et nous l'observerons à nouveau un peu plus tard dans l'église. Les feuilles de coca ont une grande signification pour eux et sont souvent offertes en offrandes aux dieux. On imagine que ce même beau geste de communion se faisait déjà il y a des centaines d'années au temps des incas.
A la fin du film, tout le monde se lève et s'apprête à partir. Ils nous proposent maintenant de les accompagner à l'église pour la veillée pascale. Comme il fait froid, ils passent à Yannick un grand poncho de laine et un bonnet traditionnel. Et nous voilà partis sur les sentiers à la lueur des lampes frontales. Nous nous retrouvons dans la petite église à peine éclairée de quelques bougies devant un christ en croix et une vierge. Là encore, les femmes sont par terre dans leurs gros jupons et les hommes sont sur les bancs à la périphérie. Le spectacle de tous ces faciès d'inca avec leur poncho noir et leur bonnet coloré est assez impressionnant. On se croirait dans une cérémonie tirée directement de Tintin et le temple du soleil. Nous sommes les seuls étrangers et ne tardons pas trop à nous retirer de peur de recevoir un sortilège.
Perou Bolivie 3
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De retour à Puno, nous avions prévu de prendre un bus pour La Paz, mais des grèves bloquent la route pour les deux prochains jours. Nous décidons de changer nos plans et de rejoindre d'abord Arequipa. Hélas, à peine sortis de la ville, nous sommes bloqués par les manifestants. Nous patientons en espérant que le piquet de grève se déplace. Petit à petit, les autres voyageurs descendent du car et rentrent sur Puno. Elisabeth tente de négocier avec les grévistes. Sous le charme (qui ne le serait pas), ils acceptent de nous laisser passer, mais pas le bus. Cela ne nous avance pas à grand-chose et au bout de 3 heures, il faut nous résigner à faire demi-tour. Nous sommes coincés à Puno pour les deux prochains jours et pour occuper notre journée du lendemain, nous nous inscrivons pour un tour dans les iles Uros et sur l'ile de Taquile.
Les Uros sont les fameux habitants des iles flottantes du lac Titicaca. Bien que très proches du rivage, ils ont leur propre culture, leur propre langue, leurs propres traditions. Leurs iles, tout comme leurs maisons ou leurs bateaux, sont construites à partir du roseau qui pousse en abondance au bord du lac. Visités comme des animaux en cage par des milliers de touristes chaque jour, le petit village s'est transformé en véritable parc d'Astérix avec mises en scène et pirogues à tête de dragon. C'est pour cela que nous avions décidé de ne pas nous y arrêter avant que la grève ne change nos plans. Finalement, en faisant abstraction du décorum et de la mamie en short qui promène son caméscope en faisant ses commentaires en « live », on découvre un peuple qui a quand même réussi à conserver un peu de sa culture et de son incroyable mode de vie.
Puis le bateau nous conduit à Taquile, la petite sur de l'ile de Amantani. Là encore, culture et traditions diffèrent totalement de sa voisine pourtant distante d'à peine quelques kilomètres. Si les femmes, comme nous l'avons souvent vu filent la laine, les hommes ici, tricotent. Coiffés d'un étonnant bonnet en forme de bonnet de nuit, on les croise au grès des chemins, toujours l'ouvrage à la main. Cela contribue certainement à l'atmosphère calme et paisible qui règne dans l'ile. Quand les aiguilles et la laine remplaceront les kalachnikovs ?
Retour à Puno, où nous arrivons enfin, le lendemain à prendre un bus pour La Paz. L'arrivée sur La Paz est impressionnante. Quand on vient, comme nous de l'altiplano, la ville est complètement cachée. Autour de nous, ce ne sont que grandes étendues désertiques parsemées de montagnes enneigées qui culminent à plus de 6000 m. Et puis soudain on arrive au bord du plateau pour découvrir d'un seul coup la ville qui a envahi toute la vallée à perte de vue. On passe en un instant des steppes sauvages de l'Altiplano, à la jungle urbaine. Le choc et saisissant, mais l'émerveillement s'arrête là. Les rues sont encombrées, bruyantes et sales. A part le palais présidentiel et la chambre des députés, les bâtiments sont laids et vétustes. Les uniformes de la garde républicaine semblent dater de 3 siècles (le style, mais aussi le vêtement lui-même) et même les murs de la cathédrale sont envahis d'herbe folle.
Nous décidons de rejoindre Uyuni, au sud du pays, par bus de nuit. On est loin du confort de notre trajet Cusco-Puno avec fauteuils en cuir inclinables. Là, c'est du rustique. On va vite comprendre pourquoi. Après quelques heures de trajet, on quitte la route asphaltée pour une piste de terre. C'est de la tôle ondulée et le bus tremble dans tous les sens. Les vitres ruissèlent de condensation. Difficile de trouver le sommeil. On compte les trous dans la chaussée, mais c'est moins efficace que de compter les moutons. Un peu plus tard, la condensation s'est transformée en une épaisse couche de glace. Il doit faire -20°C dehors. Heureusement, le bus est assez bien chauffé et des couvertures sont mises à notre disposition.
Nous arrivons à Uyuni à 6 heures du matin, en petits morceaux, les paupières lourdes de sommeil, quand déjà les tours opérateurs nous sautent dessus pour nous proposer leurs services. Il faut dire que cette ville de 10 000 âmes, créée au début du XXème siècle pour la maintenance de la ligne de chemin de fer utilisée pour l'extraction des minerais de la région, ne vit maintenant que pour et grâce au tourisme. Difficile de faire son choix parmi toutes les offres. Nous faisons confiance à Estrella del Sur qui nous avait été recommandé, pour un tour de 3 jours et 2 nuits qui doit nous conduire jusqu'à San Pedro de Atacama au Chili. Nous les laissons organiser l'intendance pendant que nous partons prendre un petit déjeuner dans le marché où l'on nous sert des bugnes au sucre glace. A 10 heures, nous embarquons dans un Land Cruiser avec Edgar notre chauffeur-guide-cuisinier.
Dès la sortie de la ville, nous pénétrons dans le salar et tout de suite, nous sommes émerveillés par le paysage. Le sel forme une étendue parfaitement plane et d'un blanc immaculé à perte de vue. Cet ancien lac asséché s'étend sur plus de 100 km et seules quelques montagnes à l'horizon semblent former des iles sur une mer de glace. Quelques villageois vivent de l'exploitation du sel qu'ils doivent ioder pour le rendre propre à la consommation. Nous « naviguons » jusqu'à l'ile de los pescadores où nous nous « échouons » sur la plage pour le déjeuner.
L'ile est couverte d'une forêt de cactus millénaires. Le contraste entre le vert de ces cactus, le bleu du ciel immaculé et le blanc du sel est saisissant, époustouflant. De tous nos voyages, de tous les paysages que nous avons pu admirer sur les 5 continents, au cours des vingt dernières années, c'est sans doute le plus beau. Nous sommes subjugués. Yannick tente de faire quelques photos, mais comment faire rentrer l'immensité dans un boitier photographique, comment capturer une lumière aussi pure ? Edgar nous presse un peu pour reprendre la voiture. La suite du parcours passe par une zone légèrement plus basse qui est encore inondée. Nous sommes les premiers à essayer de passer depuis la fin de la saison des pluies et notre guide veut prendre un peu de sécurité avant la nuit.
Petit à petit, le sel, jusqu'à maintenant sec et dur est recouvert d'eau. Il n'y a pas un souffle de vent et le désert se transforme en miroir. Les montagnes au loin s'y reflètent parfaitement. Nous perdons tous nos repères, comme dans un palais des glaces dans les fêtes foraines. Il n'y a plus d'horizon. Tout autour de nous a pris la même couleur, un bleu métallique très clair et lumineux. L'impression de naviguer sur la mer cède désormais la place à une impression de voler dans un espace inconnu. C'est absolument incroyable, inimaginable.
Edgar fait une pause sur une lentille de sel qui émerge de l'eau. Nous sommes comme échoués sur la planète du Petit Prince, si petite qu'il pouvait voir autant de coucher de soleil qu'il le souhaitait dans la même journée.
L'eau continue à monter au fur et à mesure que nous progressons. Elle atteint maintenant le bas de caisse. On se demande comment les voitures résistent à un tel traitement. Notre chauffeur semble un peu inquiet mais continue sa progression à faible vitesse. Nous finissons par croiser un gué qui nous ramène à la terre ferme. Sur le bas coté, de petits oratoires rappellent qu'il peut être imprudent de s'aventurer seul par ici.
Voyage au Perou et en Bolivie (3)
Perou Bolivie 4
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Nous arrivons à un « hôtel de sel ». Ces constructions, entièrement réalisées avec des blocs de sel, accueillent les touristes de passage dans un décor insolite. Tout est en sel ; les murs, les tables, les lits Une épaisse couche de sel meuble recouvre le sol comme de la neige fraiche. Le plafond est décoré de cristaux qui pendent comme des stalactites. Nous avons l'impression d'être dans une maison taillée dans la glace. Pendant le diner, Yannick ne peut s'empêcher de demander : « Quelqu'un peut il me passer le sel ? »
Le lendemain, nous quittons le sel pour les paysages volcaniques du Sud Lipez. Plus nous montons dans les montagnes, plus le paysage est aride et désert. Contrairement aux hautes vallées du Pérou, ici personne n'habite. Nous ne croisons plus que quelques vigognes, cousins sauvages des lamas. Les paysages splendides défilent trop rapidement ; montagnes comme peintes de jaunes, de rouges et d'ocres, lagunes blanches, turquoises et même rouges peuplées de flamants roses. Nous parcourons des centaines de kilomètres de pistes, ne quittant la chaleur de la voiture que pour de rapides pauses photos. On frise l'indigestion.
Le soir nous dormons dans un refuge à près de 4500 m d'altitude. Yannick file se dégourdir les jambes dans les environs afin de retrouver un rythme plus en accord avec la splendeur du paysage. Il nous reste à franchir un col à 4900m juste avant de piquer une tête dans les eaux délicieuses d'une source d'eau chaude. Incroyable de se dire que nous sommes plus hauts que le Mont Blanc. Mais déjà, c'est la frontière du Chili qui marque la fin de cette fabuleuse traversée du désert. Un bus nous attend pour redescendre à San Pedro De Atacama, 2000 m plus bas. C'est dans ce village très accueillant et touristique, à des dizaines d'années de ce que nous avons connu en Bolivie, que nous rencontrons une autre famille voyageuse. Avec leur deux enfants, ils ont choisi de faire l'Amérique du Sud en camping car. On compare nos expériences et on s'aperçoit qu'eux aussi ont été inspirés par le voyage d'Atao et de la famille La Rochefoucauld. Y aurait-il un esprit Atao ?
Retour vers le Perou par la côte du Chili. Nous arrivons à Arequipa, la dernière étape de notre voyage. La ville nous séduit avec ses nombreux bâtiments coloniaux taillés dans une roche volcanique blanche à laquelle elle doit son surnom de ville blanche. Marin veut absolument faire le canyon de Colca qu'on nous a par ailleurs chaudement recommandé. Six heures d'un bus bondé et bringuebalant nous conduisent au bord de ce canyon, un des plus profonds du monde parait-il. De là un chemin nous mène jusqu'au rio, quelques 1200 m en contrebas. Les enfants galopent dans la descente et nous arrivons deux heures plus tard au refuge « l'Oasis », le bien-nommé. Au fond de ce canyon quasi désertique, il profite de l'abondance de soleil et d'eau pour s'entourer d'un environnement quasi tropical. Les randonneurs dorment dans des cases entourées d'herbe verte et de massifs de fleurs multicolores. Pendant que nous admirons ce cadre enchanteur, les enfants ont déjà filé pour plonger dans la piscine naturelle. Il faut prendre des forces pour la remontée du lendemain sous un soleil de plomb au milieu des cactus et de la poussière du chemin.
Deux jours plus tard, nous rejoignons notre Gecko qui nous a patiemment attendu au bout de sa bouée. Il a besoin d'un bon nettoyage. Nous retrouvons avec plaisir nos amis expats avec lesquels nous passons une après midi délicieuse pendant que les enfants profitent de leurs copains français. C'est vraiment dur de les quitter et de reprendre la mer le soir même. 1300 miles et une bonne dizaine de jours nous attendent avant d'atteindre Panama. Le temps de digérer un peu toutes les images et toutes les émotions de ce fabuleux voyage.
Voyage au Perou et en Bolivie (4)
Canaux de Patagonie 1
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Les canaux de Patagonie
Ushuaïa : El Fin del Mundo
Nous arrivons à Ushuaïa, la ville la plus australe du monde (c'est marqué partout) tout auréolés de notre victoire sur le Horn et nous faisons connaissance de cette communauté très hétéroclite des marins des mers du sud. Dès le premier soir Elisabeth rencontre plusieurs filles en train de préparer des conserves dans la cuisine du club de voile qui nous accueille, l'AFASyN. L'une d'elle, Laurence s'entaille profondément la main sous nos yeux lorsqu'un de ses pots en verre éclate. L'occasion pour notre experte des soins en milieux isolés de mettre en pratique ses connaissances et de sortir son matos de couture.
Sur le ponton de l'AFASyN, on trouve toutes sortes de bateaux à couple les uns des autres sur 4 ou 5 rangées. Cela va du modeste monocoque d'une dizaine de mètres jusqu'au luxueux yacht de 30m en passant par un catamaran, d'anciens voiliers de course tel le célèbre Esprit d'Equipe, une superbe goélette du début du XXème ou encore des voiliers pour le charter en Antarctique faits pour les conditions les plus extrêmes. Il y a même, mouillé au large, Octopus, le yacht d'un collègue de Bill Gate nous dit-on. Nous apprendrons que le jour de notre départ, l'hélicoptère que nous avions vu décoller de sa plage arrière se scratchera en mer. Mais rassurez vous, il y en avait un de rechange sur la plage avant. C'est une bonne idée d'avoir une annexe de rechange et puis cela fait du travail pour Eurocopter.
Autant de personnalités de marin que de types de bateau. La relation entre les bateaux de charter et les gens de passage comme nous n'est pas très chaude, les skippers professionnels ne voyant pas d'un très bon il ces « touristes » de plus en plus nombreux envahir leurs sites isolés et sauvages pour lesquels leurs clients paient parfois très cher. Résultat, nous les trouvons un peu hautains et orgueilleux. Grâce aux enfants, nous parvenons quand même à tisser quelques liens avec ses marins qui ont souvent une immense expérience et une vie pas très facile.
Nous faisons la connaissance de Fred sur son modeste Serenité. Fred a passé quelques semaines avant nous le détroit de Le Maire et son aventure nous montre à quel point ce passage mérite sa réputation. Il nous fait également mesurer la chance que nous avons eu d'y trouver des conditions relativement clémentes. Comme nous, Fred est parti de Puerto Deseado avec une fenêtre de 4 jours de conditions favorables. Comme nous, la dépression à suivre semblait raisonnable. Arrivé à l'extrémité de la Terre de Feu, il mouille à Bahia Thetis où nous avions fait demi-tour pour nous mettre à la cape. Les autres bateaux déjà au mouillage le préviennent que la dépression s'est largement creusée et c'est du vent très très fort qui est attendu. En effet, quelques heures plus tard des rafales à 110 nuds brisent son émerillon (liaison entre l'ancre et la chaine). A partir de ce moment, Fred vivra en quelques heures à peu près tout ce que l'on peut redouter sur un bateau. Les bouts de son mouillage viennent se prendre dans son hélice et l'empêchent de prendre la cape vers le nord. Il se retrouve à dériver vers le détroit de Le Maire et y rencontre des vagues de 10 m qui finissent par coucher son bateau. Il passe quelques longues minutes le mat dans l'eau. Entre temps, ses cousins sont tombés sur son poêle et commencent à prendre feu. Le vent se calmant, Fred remet de la toile pour rejoindre un abri. Mais le vent se lève à nouveau et il déchire sa grande voile, puis sa grande voile de rechange. Un peu plus tard, ce sont ses drosses qui lâchent et par conséquence, sa barre qui ne répond plus. Fred finit par rejoindre Ushuaïa où l'attendait son amie Stéphanie dans l'angoisse qu'on imagine. Le même jour, un bateau charter fait naufrage et ses deux marins professionnels polonais disparaissent emportés par une vague.
Nous faisons également la connaissance de Jeanne, une anglaise de 76 ans qui en est à son troisième tour du monde et qui vient d'échouer dans sa deuxième tentative de tour en solitaire et sans escale. Elle arrivait de Vancouver et s'apprêtait à passer le Horn quand une violente tempête brisait sa bôme, son tangon, emportait son pare brise et noyait une partie de son électronique. Jeanne attendait des pièces de rechange et ne savait pas trop si elle aurait le temps de terminer son aventure.
Notre escale à Ushuaïa est également l'occasion pour nous de retrouver les parents d'Elisabeth. Le rendez vous avait été fixé il y a près d'un an mais le risque qu'un problème technique ou météo nous fasse nous manquer était grand. Je vous laisse imaginer l'excitation des enfants à l'aéroport et notre joie de retrouver nos parents que nous n'avions pas vus depuis 6 mois. On partage un repas de fête dans le carré de Gecko avec foie gras et bon vin. Chacun a tant de choses à raconter qu'on n'arrive plus à en placer une. Le lendemain, les bonnes conditions climatiques nous permettent d'emmener Mam et Paddy pour une croisière sur le Beagle. Ils passent une nuit à bord dans une belle caleta sauvage et réalisent un peu ce que nous vivons. Nous profiterons également de leur présence pour prendre une bonne douche bouillante dans leur hôtel, pour se faire quelques bons restos ou encore pour visiter quelques musées dont le passionnant musée de la marine qui retrace la vie des indiens de Patagonie aujourd'hui disparus, ou de l'odyssée de exploration de l'Antarctique. Mais déjà il est temps de se quitter et Scott et Amundsen perdent d'un seul coup beaucoup de leur intérêt.
Puerto Williams : Changement de programme.
Pressés de reprendre le cours de notre voyage, nous quittons Ushuaïa le lendemain. Les contraintes administratives nous obligent à revenir sur nos pas d'une trentaine de miles afin de régulariser notre entrée au Chili dans la petite ville militaire de Puerto Williams.
Le « port de plaisance » de Puerto Williams est organisé autour de l'ancien bateau avitailleur ; le Micalvi. C'est une véritable légende en Patagonie. Il a servi pendant des années à approvisionner les hommes les plus isolés. C'est depuis son bord que Jean Raspail a observé puis décrit dans ses livres les derniers Alakaluf, ces peuples de la Terre de Feu qui ont vu arriver Magellan et qui vivaient nus, la peau enduite de graisse de phoque. Après une longue vie de service, le Micalvi a été échoué dans le Seno Lauta où il sert désormais de ponton d'amarrage pour les voiliers de passage. Le bar, installé dans le bateau légèrement gité, a vu passer bien des marins, et ses cloisons sont couvertes de souvenirs. La bière y a un gout bien particulier.
A la sortie du port, Tara tire sur son ancre. C'est l'ancien Antartica de Jean-Louis Etienne conçu pour l'exploration des hautes latitudes. C'est sur ce bateau que Peter Blake a été victime de pirates en Amazonie. Le bateau a tout un programme scientifique sur l'étude du plancton.
Nous prenons le café avec une autre légende des navigations dans les mers australes. Isabelle Autissier revient d'une croisière en Antarctique et s'apprête à hiverner son bateau pour ne revenir que dans 6 mois ou un an. On sent qu'elle préfère la solitude de la saison hivernale. Marin lui fait signer un autographe dans son livre de bord.
Nous sommes bien dans ce petit coin, l'ambiance est chaleureuse, le mouillage est parfaitement protégé, il y a de belles ballades à faire dans les environs. Nous regrettons presque d'avoir passé autant de temps à Ushuaïa. Mais déjà, il faut partir. La route est encore longue, d'autant plus que nous venons de changer de programme. Depuis quelque temps, nous sommes en contact avec plusieurs sociétés pour faire ramener Gecko par cargo depuis Panama comme nous l'avions prévu. Mais pour le moment, aucune réponse. Pas la moindre piste d'une solution. Ce type de transport se fait beaucoup mais depuis des lieux de grande affluence comme les Antilles et à une époque qui ne nous convient pas. Il faut organiser un voyage spécifique et pour cela s'adresser à des spécialistes de logistique. Nous prenons contact avec un ancien équipier d'Isabelle Autissier qui s'est chargé plusieurs fois de ramener des bateaux de courses lors d'épreuves transocéaniques. Il lui faut plusieurs semaines pour obtenir des devis. D'ici là, nous serons loin et risquons de nous retrouver coincés. Nous décidons donc, dans un premier temps, de rebrousser chemin et de rentrer par nos propres moyens. Nous sommes un peu déçus de manquer quelques étapes comme Chiloé ou Valparaiso, mais ce sera largement compensé par le plaisir de ramener le bateau à la maison. Cependant, le fait de faire demi-tour et de repasser par des endroits que l'on connait déjà sonne un peu comme la fin de notre aventure. Après avoir étudié les documents de navigation plus en détail, nous constatons que le même retour en France en passant par le Pacifique allonge la route de 900 miles, mais que les conditions y sont beaucoup plus favorables. De plus l'option cargo reste ouverte. Seulement, il ne faut pas trainer. On peut oublier les Galapagos et le voyage au Pérou pourrait bien également être raccourci, voire passer à la trappe.
Canaux de Patagonie 2
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Les canaux de Patagonie (2)
Gecko dans la Glace
La première partie de la longue route des canaux de Patagonie consiste à remonter le canal de Beagle. Orienté est-ouest, il est dans l'axe des vents dominants mais reste assez bien protégé des tempêtes qui sévissent au large. Nous restons une journée à l'abri dans un mouillage à attendre que le vent se calme. Il fait beau, mais froid. La neige est tombée pendant la nuit et les montagnes sont toutes blanches à partir de 300 ou 400 m d'altitude. Les enfants se sont mis en tête de construire un casier à crabes pour pécher des centollas, grosses araignées de mer absolument succulentes. Nous avons acheté du grillage, mais il faut construire une ossature en bois. Les voilà donc en train de tailler des branches et de faire des brellages.
Le soir, le vent faiblit et nous décidons d'en profiter pour filer. On ne navigue normalement que de jour dans les canaux, mais le Beagle est balisé et notre prochain mouillage, la caleta Olla n'a pas l'air trop difficile d'accès. La nuit tombe et le vent avec. Tout se passe bien jusqu'au moment de bifurquer. La nuit est d'encre et nous nous dirigeons à l'aide de notre logiciel de navigation couplé au GPS. Tout à coup, Yannick aperçoit une forme sombre devant le bateau. Le temps de jeter un coup d'il au radar qui nous confirme que l'on fait route droit sur la côte. Demi-tour.
En fait, les cartes ont été réalisées à une époque où l'on ne disposait pas du positionnement par satellite. Du coup il y a parfois plus d'un mile de décalage entre les positions sur la carte et les positions GPS. Il faut mieux se fier au radar qui indique parfaitement les falaises qui constituent la côte. Pas facile quand même de se repérer surtout avec le courant assez fort à cet endroit.
Quelques minutes plus tard, Elisabeth aperçoit des formes blanches sur l'eau qui semblent se rapprocher assez rapidement. Le temps de réaliser et nous sommes au milieu de petits blocs de glace dérivante. Ca cogne un peu et fait un drôle de bruit en frottant la coque. Rien à craindre cependant avec notre bateau en acier. Nous finissons par atteindre le mouillage et jetons l'ancre à 3 heures du matin bien contents d'aller nous mettre au chaud sous la couette.
La région est une des plus spectaculaires des canaux. Elle est dominée par la cordillère Darwin avec ses glaciers qui descendent jusqu'à la mer. Yannick réalise un rêve qui lui tenait à cur depuis des années ; naviguer au milieu de la glace. Les profonds fjords qui permettent d'atteindre le pied des glaciers sont encombrés de glace dérivante et il faut parfois s'y frotter un peu pour se frayer un chemin. Les séracs s'écroulent dans la mer dans un bruit de tonnerre. Contrairement à ce que l'on pourrait voir dans les Alpes, au pied de la mer de glace, les glaciers ici nous surplombent. Il parait que cela ressemble à ce que l'on peut voir en Himalaya à 5000 m d'altitude. De plus la glace est d'un bleu clair presque surnaturel. Nous mettons l'annexe à l'eau pour immortaliser ce grand moment familial. Les enfants jouent aux explorateurs à l'avant du bateau et repoussent les plus gros blocs avec leurs gaffes.
Nous avons retrouvé nos amis d'Arpatas avec qui nous avions passé le cap Horn. Ils ont embarqué pour quelques jours Dominique et Jean-Paul, grands amateurs de bonzaï. Ils sont gâtés. Ici le froid et surtout le vent empêchent les arbres de pousser. Du coup il y a des bonzaïs naturels un peu partout. Un atelier bonzaï est organisé sur la plage et les enfants prélèvent quelques spécimens avec l'intention de les ramener en France. En revanche on ne trouve aucun nain de jardin.
Le temps se détériore hélas et le paysage disparait sous le brouillard et un épais rideau de pluie. Nous décidons d'en profiter pour avancer. Nous rattrapons nos amis de Fleur de Sel, un jeune couple en route pour un tour du monde avec qui nous avons beaucoup sympathisé. Ca fait du bien de voir des jeunes. Il faut dire que la plupart des navigateurs sont des retraités. Elisabeth perfectionne sa technique de fabrication du pain. Nous partageons quelques repas sur un bord ou sur l'autre. Plus pressés qu'eux, nous les quittons un soir alors qu'une accalmie incitait plus à profiter de la formidable Caleta Brecknock surplombée de murailles de roches sillonnées de cascades.
Le redoutable canal de Magellan
La route vers le nord nous fait passer par la partie Occidentale du canal de Magellan. Pour y parvenir, l'armada chilienne nous impose de faire un large détour par le canal Magdalena. Comme la plupart des voiliers, nous préférons couper par le canal Acwalisnan au risque d'avoir à faire demi-tour et d'avoir à payer une amende. Cette obstination des autorités chiliennes à imposer des contraintes sur les routes et les escales, bien que légitime, est difficile à comprendre et peut parfois aller à l'encontre de la sécurité des navires. Ils le justifient en expliquant que ces chenaux ne sont pas cartographiés mais c'est le cas de la vaste majorité des eaux que l'on parcourt. Il est d'ailleurs incroyable de penser qu'une très grande majorité de la Patagonie est encore zone blanche offrant un nombre infini de possibilités d'exploration. Officieusement, on dit que les régimes dictatoriaux auraient caché par ici quelques prisons peu présentables. En fait, ces interdictions ont quand même le mérite de limiter la dispersion des bateaux permettant ainsi aux sauvetages d'intervenir plus rapidement en cas de problème. Ce souci de la sécurité des navires est tout à l'honneur des Chiliens beaucoup plus sérieux sur ce point que les Argentins.
Nous débouchons dans le Magellan avec, fait exceptionnel, du vent de sud-est. Nous en profitons pour avancer un peu et mouillons à la caleta Gallant qui a vu passer les plus grands (Cavendish 1587 Bougainville 1767 Joshua Slocum 1896). Nous y restons deux nuits, coincés par les vents violents qui soufflent sur le détroit. Puis commence notre lente et laborieuse remontée. L'orientation nord-ouest du détroit en fait une sorte d'entonnoir à vent. Quand les prévisions annoncent un paisible 6 à 8 nuds, ce sont 30 à 35 nuds qui nous arrivent en plein dans l'axe. Le courant s'en mêle également et nous avons jusqu'à 4 nuds de courant contraire. Gecko lutte vaillamment et gagne bien lentement vers le but. Nous progressons chaque jour d'une dizaine de miles, mais cela nous prend 5 à 6 heures bien éprouvantes. Il faut sans arrêt adapter notre voilure aux conditions qui varient rapidement entre 20 et 35 nuds à chaque passage de grain, sans compter les virements de bord. D'autres bateaux choisissent d'avancer au moteur. Mais face au vent et dans cette mer courte, le moteur ne nous fait guère avancer plus vite et même si nous avons chargé un maximum de fuel en partant, il nous faut l'économiser. Nous n'en retrouverons pas avant la fin des canaux. Un jour alors que nous tentions d'atteindre un abri un peu plus distant que d'habitude, le courant s'inverse et nous ne progressons plus du tout. Après plusieurs bords carrés, il nous faut nous rendre à l'évidence. Nous n'arriverons pas à notre abri avant la nuit. Il nous faut faire demi-tour. Résultat de la journée : 13 miles dans un sens, 5 dans l'autre, le tout en 10 heures au près dans du gros temps. Le moral est en berne, d'autant plus que la météo pour les prochains jours n'annonce rien de mieux.
Dans ces conditions, nous déplorons un peu de casse ; une manivelle de winch se brise en deux, la girouette plonge au fond du Magellan (1000 m de fond quand même), mais surtout nous cassons un tube de l'enrouleur de génois. C'est la casse la plus sérieuse que nous ayons eu depuis le départ. Il devient difficile de rouler la voile ou d'ajuster sa surface. Pire, la cassure risque d'endommager l'étai qui tient le mat. Dans une accalmie, Yannick bricole une sorte d'attelle avec une feuille d'inox, mais cela reste fragile.
Les dauphins nous accompagnent souvent et nous croisons parfois des baleines. Quand nous nous approchons de la côte, nous apercevons souvent des phoques qui sortent la tête de l'eau et semblent surpris de nous voir passer.
Heureusement, les caletas dans lesquelles nous nous amarrons chaque soir sont parfaitement protégées et nous offrent un vrai réconfort. Souvent cachées dans une anfractuosité de la côte au fond d'une anse, elles ne sont pas toujours faciles d'accès sous les rafales et avec les algues immenses qui en bloquent l'accès. Mais avec la pratique, l'équipage devient expert. Nous préparons les longues aussières à l'avance et mettons l'annexe à l'eau. Elisabeth se présente en marche arrière qu'elle maitrise maintenant parfaitement pendant que Yannick mouille à l'avant. Dès que l'ancre est bien crochée, les enfants filent dans l'annexe porter les amarres à un arbre ou à un rocher. Une fois ficelé dans tous les sens, nous sommes en toute sécurité et nous pouvons nous réfugier à l'intérieur, allumer le poêle et apprécier un bon repas suivi d'un jeu ou d'un DVD. Certaines caletas sont magnifiques et nous font penser à des petits golfes du Morbihan en plein massif de la Vanoise. Mais que de pluie ! La végétation est trempée et moisie. Tout est recouvert d'une épaisse mousse verte ou rouge. Ironiquement nous manquons d'eau. L'eau des sources est colorée par la tourbe. On dirait du whisky. Nous n'osons pas en remplir nos réservoirs. Du coup nous sommes obligés de nous restreindre sur les douches.
Canaux de Patagonie 3
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Les canaux de Patagonie (fin)
Au bout d'une semaine et d'environ 60 miles parcourus, une fenêtre s'ouvre enfin et nous permet de nous glisser dans le canal Smith. Nous slalomons sous un beau soleil entre les iles et admirons les sommets enneigés au loin. Nous croisons parfois quelques pêcheurs, rarement un cargo qui suit la route commerciale entre Puerto Montt et Punta Arenas et presque jamais des voiliers. Après avoir quitté la zone de Ushuaïa, nous n'en aurons pas vu plus de 4 ou 5.
Petit à petit, nous progressons vers le nord. Les coups de vents se font un peu moins fréquents. La température remonte un peu. La végétation se fait plus dense. Certaines caletas ressemblent à des mouillages en pleine forêt. Nous naviguons hélas presque systématiquement au moteur. Quand il y a du vent, il est systématiquement dans l'axe des canaux et quasiment toujours contre nous. Il faudrait une patience infinie ou un bateau de régate pour tout remonter à la voile. Nous mouillons tous les soirs notre casier à centollas fabriqué par les enfants mais ceux que nous remontons sont trop petits et nous les rejetons. Les enfants se mettent alors à construire des arcs et des flèches en espérant se faire un canard. Qui sait ? Ils sont peut être inspirés par les traces des indiens Alakaluf qui ont laissé des monceaux de coquilles de cholgas (très grosses moules) sur les plages. Ces indiens ont été complètement disséminés au cours des cent dernières années. Il en reste parait-il une poignée à Puerto Eden. Une bien triste histoire racontée par Jean Raspail (« Adios Tierra de Fuego »).
Un jour Yannick démonte l'enrouleur pour s'apercevoir que le tube cassé qui sert à ajuster la longueur était beaucoup plus grand qu'il l'imaginait. Du coup, il coupe la partie endommagée, taraude de nouveaux trous pour les vis et réinstalle le tout. Nous voilà avec un étai comme neuf. C'est une grande satisfaction de réussir une telle réparation si loin de tout.
Après un détour pour admirer l'immense glacier Pio XI, nous arrivons au village de Puerto Eden (180 hab.). Nous y passons 3 jours sous la pluie quasi ininterrompue, à attendre un arrivage de produits frais et de fuel. Ces quelques maisons reliées entre elles par un ponton de bois forment un triste chapelet tout autour de la baie. Quelques pêcheurs y survivent avec les fonctionnaires de l'Armada, de l'office des Forêts et les carabineros. Un nouveau quai est en cours de construction, mais les habitants ne se font aucune illusion sur l'intérêt touristique de leur village. Un bateau les relie une fois par semaine à Puerto Natales. Celui-ci, trop grand pour accoster mouille en baie et se sont les habitants qui se déplacent avec leurs barques et leurs petits bateaux pour récupérer de l'équipement, une commande de provisions ou un proche. Cela fait penser à des détenus amenant leurs écuelles au gardien à l'heure de la soupe.
Golfo de Penas et canaux Chilotes
Trois jours après Puerto Eden, il nous faut aborder le golf des peines bien connu et redouté des marins. Nous attendons une journée entière, secoués par les bourrasques et sous une pluie ininterrompue, une fenêtre météo favorable prévue pour la nuit suivante. Il nous faut bien du courage pour quitter notre abri vers 20h sous une grosse bruine, avec encore 20 nuds de vent de face et 2 nuds de courant contraire. Avec la nuit qui tombe, le paysage est lugubre. Nous avançons péniblement à 2,5 nuds au moteur appuyé par la grande voile. Il nous faut 5 heures pour franchir les derniers miles qui nous séparent encore de la pleine mer. A une heure du matin, le contact VHF avec le gardien du phare de San Pedro réchauffe le cur. Nous ne sommes pas seuls dans cette région si austère. Il nous souhaite « una buena navigation » et nous prévient du prochain passage d'un cargo. Dès que nous quittons ces montagnes qui bloquent tous les nuages, le ciel s'éclaircit et nous apercevons quelques étoiles.
En franchissant le golf des peines, nous quittons vraiment les canaux du sud, sous les latitudes hostiles. Nous sommes un peu frustrés d'être obligés de filer, et de manquer pleins de coins pourtant réputés superbes. Mais quel temps ! Si l'on faisait les comptes après un mois, les heures d'éclaircies ne sont pas très nombreuses et les plus beaux paysages ne valent pas grand-chose derrière un rideau de pluie ou de brouillard. Il faudrait y passer des mois.
Dans la nuit, le vent se calme comme prévu. En revanche, la belle houle du pacifique nous cueille à froid après 6 semaines d'eau plate ou de mer courte. Nous sommes tous un peu nauséeux, certains même un peu plus Après 36 heures de mer, nous retrouvons le calme des canaux. Mais le climat a véritablement changé, nous avons de belles journées ensoleillées et le vent est plus souvent favorable. La zone devient également habitée. Nous commençons par croiser de nombreuses fermes d'élevage de saumons. Elles sont très critiquées pour leur impact écologique. Une chose est certaine, ces installations industrielles avec leurs centaines de bouées oranges en pleine nature ont un impact visuel bien regrettable. Il faudra attendre Chiloé pour voir les premières maisons et surtout les premiers champs qui prennent petit à petit la place des forêts impénétrables. Nous retrouvons la civilisation à Castro, la capitale de Chiloé. Le propriétaire de la petite marina dans laquelle nous faisons escale, nous déclare fièrement qu'il accueille environ 25 à 30 bateaux de voyage par an.
Patagonie Argentine
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Patagonie Argentine
Mar Del Plata
Mar Del Plata est la dernière grande ville avant la Patagonie, la dernière trace de civilisation et aussi le dernier vrai port. Il faut dire que l'on est déjà par 38° sud, soit 4° plus au sud que le Cap de Bonne Espérance et plus qu'a 120 miles des fameux quarantièmes rugissants. D'ailleurs, en arrivant par la mer, les signes ne trompent pas ; les paysages sont pelés, le vent est sec et froid, les albatros semblent nous souhaiter la bienvenue dans le sud, et les taches brunes que l'on aperçoit sur la plage, ce sont bien des lions de mer. Le changement par rapport à Buenos Aires est vertigineux.
Pourtant ville balnéaire, envahie par la classe moyenne de Buenos aires pendant les mois d'été, Mar Del Plata nous a semblé beaucoup moins reluisante que l'indique son nom (Plata = argent en espagnol). Les immeubles sont austères. De grandes avenues grises et poussiéreuses quadrillent la ville. Les vitrines des magasins sont ternes et semblent bien vides. Cela nous fait penser à la Russie par certains aspects. Cette impression est renforcée par l'immense flotte de pêche qui attend l'ouverture de la saison. Des dizaines et des dizaines de bateaux orange, tous identiques semblent entassés sans vie au fond du port.
Une colonie de lions de mer a élu domicile sur la plage le long de la grande digue sud. On s'y rend à pied. Les animaux sont impressionnants, mais le reste manque de charme. Le sable est sale. Les épaves et les chantiers déversent leurs détritus dans l'eau du port. Des poubelles éventrées jonchent la plage qui aurait pu être belle. De vieux entrepôts abandonnés gâchent le paysage.
Heureusement, l'accueil du Yacht Club Argentino avec sa belle pelouse verte et son immuable mat de pavillons, est une fois encore très agréable. Comme de coutume, ils ont hissé le pavillon français en notre honneur. Yannick retrouve un copain avec qui il faisait du 470. Fabrice est entraineur à la FFV. Il est venu accompagner un jeune équipage français de 29er venu participer aux championnats du monde qui auront lieu ici la semaine prochaine. Le monde est petit et ce genre de rencontre donne la mesure du temps qui passe.
On est un peu déçu de ne pas retrouver plus de bateaux de voyage et surtout pas d'équipage avec des enfants. Mais la connexion wifi du club nous permet de donner des nouvelles et surtout d'avoir la famille au téléphone ce qui est toujours et encore plus au moment des fêtes une grande source de bonheur et de réconfort. Elle nous permet aussi de prendre des fichiers météo à longue échéance et à grande échelle. Et là, la fenêtre est bonne. En revanche, si on attend, on va être bloqué ici pour au moins 4 ou 5 jours sans trop savoir quand se présentera la prochaine opportunité. Alors, c'est décidé, une dernière douche chaude et on part. Qu'importe si on est le 31 décembre.
Dimanche 2 janvier : Les quarantièmes rugissants
Nos premiers miles dans les quarantièmes se passent bien. L'anticyclone centré sur l'Atlantique sud nous envoie un bon flux de nord est qui nous fait progresser rapidement. Le soleil tape fort et à l'abri du vent, il fait bon. En revanche, les nuits commencent à être fraiches. Les bonnets et les gants sont de sortie. Quelques passages de front nous envoient parfois du vent de secteur sud mais cela ne dure jamais très longtemps. On n'hésite pas à mettre le moteur quand le vent faiblit, les bonnes fenêtres météo n'étant jamais très longues par ici. Ce n'est pas très confortable car la mer reste toujours assez grosse et désordonnée. Devant la péninsule Valdes nous hésitons. La saison des baleines est terminée depuis plus d'un mois et des pingouins, nous aurons l'occasion d'en revoir. De plus Puerto Madryn n'a pas très bonne réputation et nous fait faire un détour de 120 miles aller retour. Nous préférons continuer vers la Caleta Horno, un abri naturel qui fait l'éloge de tous les bateaux qui vont vers le sud. Nous avons le temps avant une grosse dépression annoncée pour dans trois jours.
Lundi 3 janvier : Notre premier Pampero
La veille de notre arrivée, alors que l'on se prépare à tangonner le génois, un drôle de nuage barre l'horizon. Prudemment nous préférons ranger l'espar qui est assez délicat à manipuler sur la plage avant. Le temps de sexécuter et le nuage a déjà pris beaucoup d'ampleur. Cela ressemble méchamment au nuage en forme de cigare décrit dans les livres de navigation comme signe annonciateur des Pamperos. En revanche, les autres signes ; baisse de pression, rotation du vent ne sont pas là. Le cigare a pris la forme d'un rouleau compresseur qui progresse à grande vitesse. Il est si large qu'on n'en voit pas les extrémités. Aucun moyen d'y échapper. A bord, nous n'en menons pas large. On réduit précipitamment la toile en se demandant à quelle sauce on va être mangé. Les embruns volent à quelques centaines de mètres devant nous. Il est sur nous. Le vent monte à trente nuds d'un coup, le bateau est couché. J'essaye d'adapter les voiles et le cap pendant que les enfants me regardent tout surpris depuis la descente. Mais déjà, le vent retombe, encore une bouffée et puis plus rien.
Vu de profil, le nuage avait la forme parfaite d'une dépression avec son front froid arrondi et son front chaud qui s'affine vers le haut. Les bouquins disent que l'on peut rencontrer le phénomène entre le 31° et 42° sud. Nous sommes au 42°. Ca devait être un embryon de Pampero, mais je peux vous assurer que celui là, il promettait. Je préfère ne pas le croiser à l'âge adulte.
Mercredi 5 janvier : Un monde sauvage
Il est 2 heures du matin, le vent monte rapidement à plus de 25/30 nuds. Je réduis à 3 ris trinquette. On est beaucoup trop tôt pour atterrir à l'Isla Leones distante de moins de 10 miles. En plus on est mieux à l'abri de la pointe. C'est l'occasion de faire des essais de cap. On est pas mal avec la trinquette et l'artimon. Le bateau conserve un bon cap barre dans l'axe. C'est parti pour un petit somme en attendant le lever du jour.
Vers 6 heures, on vire pour reprendre notre progression en direction du Canal Leones. Le vent s'est un peu calmé. Un phoque nous accompagne quelques instants. La mer est lisse sauf à certains endroits où de grosses marmites sont le signe du violent courant qui balaye cette côte du sud de l'Argentine. Ici les marnages sont presqu'aussi importants qu'en Manche. Le paysage est incroyablement sauvage. A part le vieux phare abandonné, aucune trace de l'homme. Nous mouillons dans la caleta Inglesa sous un beau soleil qui nous permet de prendre le petit déjeuner dehors au milieu des pingouins avec le pain chaud qui sort du four. Magique !
Le temps de gonfler l'annexe et nous sommes au milieu des manchots de Magellan. Leur démarche maladroite sur les galets de la plage tourne au comique. Certains sont dans leur nid et se laissent approcher en hochant de la tête. Nous croisons également un tatoo, que les enfants prennent un instant pour une tortue. Nous traversons la végétation courte et touffue aux fortes senteurs pour gagner le phare au sommet de
la colline. La maison du gardien est abandonnée mais les traces de l'homme sont partout. Vieilles boites de conserve, bouteilles de verre, photos au mur On a l'impression d'être dans une maison fantômes.
Le soir, nous regagnons la Caleta Horno. D'après notre guide nautique, le meilleur abri de toute la côte entre Mar Del Plata et Ushuaïa. Effectivement, un étroit corridor nous mène à une anse entourée de falaises sous le regard des Guanaco. C'est l'occasion d'utiliser nos nouvelles aussières de 100 m pour s'accrocher à la falaise et empêcher le bateau de tourner autour de son ancre. Nous passons la fin de l'après midi à explorer les environs et Marin sacrifie à la tradition peu louable, il faut l'avouer, de marquer notre passage sur le rocher. Gecko figure désormais à coté d'Atao qui nous a tant inspiré pour ce voyage.
Le lendemain, la météo nous indique que la grosse dépression prévue pour le 8 est maintenant attendu le 7 après midi. D'ici là le vent de secteur nord devrait nous être favorable. Il y a 160 miles jusqu'à Puerto Deseado. C'est juste mais ca devrait le faire, et la prochaine bonne fenêtre n'est pas pour tout de suite. A 9 heures nous quittons la caleta direction plein sud, un peu déçus quand même de ne pas avoir profité plus longtemps de ce petit coin de paradis. Nous nous rattraperons dans les canaux de Patagonie.
Patagonie Argentine (2)
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Patagonie Argentine (Suite ...)
Vendredi 7 janvier : Puerto Deseado
Toute la nuit, on ne traine pas. On met le moteur dès que l'on descend en dessous de 4 nuds. Vers midi on est en face de Puerto Deseado. Il y a un brouillard à couper au couteau. On a beau appeler la préfecture maritime, personne ne répond. On avance prudemment au radar en essayant de ne pas trop s'approcher des brisants que l'on aperçoit au dernier moment. Le ciel commence à se dégager, mais au dessus du brouillard les nuages filent déjà à toute vitesse. Plus que quelques minutes et le coup de vent sera sur nous. La brume se lève d'un seul coup et nous révèle la ville et l'entrée du goulet. Heureusement parce qu'on avait un écart d'une bonne cinquantaine de mètres entre la position GPS et notre position sur la carte. C'est évidemment à ce moment là que les autorités nous appellent et nous demandent de décliner notre identité. Magalyanne, un autre bateau français nous contacte très gentiment pour nous souhaiter la bienvenue et nous encourage à les rejoindre au mouillage au sud du rio. Le vent commence à se lever. Le temps de jeter l'ancre et il y a déjà 20 nuds. Il était temps. Même s'il n'y a que 7 mètres d'eau, on mouille directement nos 60 mètres de chaine et on prépare un filin de 60 mètres à ajouter au besoin. Avec les trois nuds de courant de la rivière, on se retrouve en travers du vent donc gité, mais le mouillage a l'air de tenir. On se réfugie à l'intérieur et on surveille la dérive sur le GPS. Le vent se stabilise à 45 nuds pour toute la nuit, la mer fume mais il y a un beau soleil qui nous réchauffe. On se sent moins seul en conversant avec nos voisins par VHF. On se réveille plusieurs fois au moment de la renverse mais rien ne bouge.
Le lendemain ça se calme un peu. On attaque l'école pas vraiment reposés. Il faudra attendre l'après midi pour gonfler l'annexe et aller remplir nos obligations administratives auprès de la préfecture navale. La ville est assez particulière avec ses maisons en tôles ondulées et sa végétation sèche, brûlée par le soleil. On est a mi-chemin entre la base scientifique en antarctique et la ville de western avec ses buissons d'épines emportés par le vent. Pas très attractive. Il y a quand même quelques touristes qui viennent remonter la rivière dans des gros semi-rigides pour observer les manchots et les phoques. Une trentaine de gros bateaux de pêche attendent l'ouverture de la pêche aux calamars mi janvier ou aux centolas en avril.
Le soir c'est le vent du nord qui se lève. On est encore moins bien protégé. On passe une très mauvaise nuit à scruter les brisants à quelques mètres derrière le bateau. Décidemment il ne s'arrête jamais le vent ici.
Nous sommes 6 bateaux de voyage ; 3 bateaux français, un turque, un hollandais et un franco-néo-zélandais. Tous scrutent les fichiers météo pour trouver la bonne fenêtre. Il y a 500 miles jusqu'au détroit de Le Maire et quasiment pas d'abri valable d'ici-là. Il nous faut donc 4 jours de conditions favorables ce qui est assez rare dans ce coin. Là, la météo semble bonne jusqu'à jeudi. Après, une assez grosse dépression est attendue au large du détroit de Magellan. Mais d'un fichier à l'autre, cela change, la dépression est plus ou moins nord, ou arrive plus ou moins tôt. C'est la valse d'hésitation entre les différents bateaux. Chacun demande son avis à ses voisins. Finalement il a suffit qu'un bateau lève l'ancre pour décider tous les autres. Nous décidons également de partir. C'est un peu précipité. On a juste eu le temps de faire le plein d'eau, de fuel et de produits frais. On a aussi fêté les cinq ans de Mathys, mais avec ce vent, pas moyen de garder des bougies allumées sur la galette des rois. On se dit que si la météo change encore, on pourra toujours revenir en arrière. On connait des gens qui ont passé 3 semaines à attendre à Puerto Deseado la fenêtre idéale mais nous, nous avons rendez vous à Ushuaïa dans deux semaines. Nous partons une heure après Menkar et en même temps que Uzaklar le turque. Magalyanne nous suivra deux heures plus tard.
Nuit du lundi 10 au mardi 11 janvier : Un travail de forçat.
Qui a dit qu'on était en vacance ? L'activité de cette nuit donne une petite idée de ce à quoi on passe notre temps dans ces latitudes où la météo change si vite. 23h : Tout le monde est couché. Nous sommes grande voile haute et génois tangonné dans un petit vent de nord faiblissant. On avance à deux nuds. La météo a annoncé un virement au sud mais qui tarde à venir. Je regarde quelques documents à l'intérieur. Soudain j'entends le vent souffler dehors alors qu'on n'avance plus qu'à 1.5nds. Je me précipite dehors pour constater que le vent a tourné et que le génois est gonflé à contre en forçant dangereusement sur notre tangon. Je change le cap et roule le génois pour rentrer le tangon. 6m de long et environ 30kg, ce n'ai jamais évident à manipuler de nuit sur la plage avant quand la mer se creuse. Voilà qui est fait, mais le vent continue à monter rapidement. Je prends un ris, puis deux puis trois. Je continue à rouler du génois et finis par envoyer la trinquette à la place. Finalement, il y a que 25 nuds de vent et j'ai peut être réagi un peu trop vite. J'envoies la voile d'artimon toujours très agréable pour équilibrer le bateau. Mais déjà le vent tombe. Il faut renvoyer les ris, dérouler le génois. Je finis par me retrouver toute voile dehors au près à essayer de trouver le bord le moins pénalisant avec la mer qui est restée grosse. Je n'y arrive pas et il me faut démarrer le moteur. Tout ça pour ça. Il est 2 heures du matin et je n'ai pas arrêté un instant. Je suis rincé. Un peu dégoutté, je réveille Elisabeth pour me reposer quelques heures.
Patagonie Argentine (3)
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Patagonie Argentine (... fin)
Jeudi 13 janvier : A la cape devant le détroit de Le Maire.
Elle porte bien mal son nom cette Terre de Feu. C'est plutôt un vent glacial qu'elle nous envoie depuis ses glaciers. Il fait 2° dehors et 8° dans le bateau. On se prend des onglés en allant prendre des ris en pied de mat. Quand les nuages se lèvent un peu, on comprend. Les sommets sont tout blancs. On nous avait pourtant dit que c'était l'été.
Le chauffage refuse de démarrer. Alors on accumule les couches ; sous vêtement, vêtement, polaire, deuxième polaires, haut et bas de ciré sans compter écharpes, gants et bonnets. Et dire que ça pourrait être pire. Les enfants n'ont pas l'air de trop en souffrir. Il faut dire que dans ces conditions l'école n'ouvre pas tous les jours. Mathys se plaint parce que ses playmobiles ne tiennent pas debout alors il s'invente un stand de tir dans sa cabine avec Timothée et s'amuse avec le pistolet à fléchettes qu'il a reçu pour son anniversaire. Marin regarde rêveur l'anémomètre en espérant battre un record. Benoit se passionne pour la lecture, un des points très positifs de cette aventure.
Nous sommes passés au large du détroit de Magellan. Nous longeons la côte pour éviter la très grosse mer en cas de coup de vent d'ouest, mais cela rallonge un peu la route. Depuis hier soir nous sommes inquiets. La dépression est annoncée avec 24 heures d'avance et plus au sud que prévu. Nous hésitons à faire demi-tour pour nous abriter plus au nord. Finalement, nous préférons viser Bahia Thetis qui est décrit comme le meilleur abri de toute la côte ouest de la terre de feu. Encore une fois il nous faut nous hâter si on veut éviter le coup de vent.
A 10 heures nous sommes à 20 miles de Thetis, le vent tourne à l'ouest et commence à se lever. A 10 miles, il y a 40 nuds avec des rafales à 45 et ça continue à forcir. On a beau être à 5 miles de la côte, la mer fume et les vagues commencent à déferler. On ne se voit pas mouiller dans ces conditions. On ne peut pas non plus continuer car devant il y a le détroit de Le Maire avec ses vagues de 10 mètres par vent contre courant et c'est le cas depuis une heure. Il faut se résigner à faire demi-tour et à attendre que ça passe. On vire donc de bord et on affale ce qui reste de grande voile en ne laissant que la trinquette avant de s'enfermer à l'intérieur. Heureusement, le vent finit par baisser d'un cran et s'établir aux alentour des 30nds. La mer n'est pas trop grosse mais on se prend quand même quelques déferlantes qui viennent claquer contre le franc bord et submerger notre pont en soumettant à rudes épreuves les étanchéités de notre Gecko. Résultat, à peu près toutes les couchettes sont humides, voir mouillées à certains endroits. La bibliothèque lâche dans un violent coup de gite et toute notre culture se répand dans le carré. Un peu plus tard, un des tiroirs où sont rangés les cours des enfants suit la même trajectoire et s'explose deux mètres plus bas. Les guirlandes de Noel font triste mine. Pour passer le temps (et garder le moral) on se fait une soirée ciné: Le professionnel avec Belmondo d'abord puis Le plus grand cirque du Monde avec John Wayne.
La nuit se passe assez bien. Nous n'avons pas eu de nuit complète depuis une semaine. C'était dans la caleta Horno. Pas besoin de se faire bercer. Vers 4h30, la toile antiroulis d'Elisabeth cède. Elle me vire donc de la couchette sous le vent. J'en profite pour empanner et reprendre notre route vers le sud. Il fait un temps magnifique et nous filons à 7 nuds au portant. A la vue d'un nouveau fichier météo, on décide de s'arrêter à Puerto Hoppner sur l'ile des Etats. On devrait y être en fin de journée. D'après les photos de notre guide, ça a l'air magnifique. Des bras de mer entourés de hautes montagnes complètement sauvages. En planifiant notre voyage, nous n'aurions jamais imaginé faire escale dans cette ile où les conditions sont généralement si hostiles. L'avantage de notre nuit à la cape ici c'est que nous pouvons pleinement profiter de la courte fenêtre avant la prochaine dépression pour atteindre l'ile des Etats aujourd'hui et peut être le cap Horn demain.
Les photos du guide ne nous ont pas menti. Le site est grandiose. On dirait un lac d'altitude. Seulement pour y arriver il faut passer deux goulets. Le premier assez large et le deuxième vraiment, vraiment très étroit. Il n'y a pas plus d'un mètre cinquante de chaque coté. Nous avons 3 nuds de courant de face et 20 nuds de vent dans le dos. Nos amis de Magalyanne qui sont là depuis 2 jours sont venus en annexe dans le froid pour sonder la passe. 2,5 m. Cela nous laisse 30 cm sous la quille. Alors on serre les fesses et on y va. Le bateau fait des embardées à gauche, à droite, on met les gaz. Ouf C'était chaud bouillant. La passe du Trouz Yar à coté, c'est les Champs Elysées. Sitôt l'ancre jetée, on se retrouve autour d'une coupe de champagne dans le carré douillet de Magalyanne, et là on savoure
Dimanche 16 janvier : Gecko Caphornier
Après une bonne nuit, on se réveille au milieu de nos montagnes. L'eau est un miroir dans lequel se reflètent les sommets. La robe verte de Gecko est bien en harmonie avec le vert sombre des feuillages, l'ocre des mousses et le gris bleuté des roches. Nous ne pouvons pas hélas nous éterniser, la fenêtre pour passer le Horn est courte et nous avons rendez vous dans une semaine à Ushuaia avec Mam et Paddy, les parents d'Elisabeth, qui profitent de notre voyage pour faire une grande virée en Amérique du sud et nous rejoindre 4 ou 5 jours.
Le passage du détroit de Le Maire se passe bien. Hélas le brouillard remplace le vent et nous passons une bonne partie de la journée et de la nuit au moteur. Le lendemain à 8 heures trente, nous ne sommes plus qu'à 40 miles du fameux Caillou. L'équipage somnole sous la chaleur de la couette. L'émotion nous gagne. On pense à cette année de préparation à travailler sur le bateau en essayant de penser à tout. On pense à tous ces miles parcourus depuis 5 mois. On pense à la chance que l'on a de faire cela en famille avec nos enfants. On pense à la famille et aux copains qui doivent être entrain de penser à nous en ce moment en nous enviant ou en nous prenant pour des fous.
Gérard Janichon, un immense marin aventurier, écrivait « Après le Horn, rien ne peut être tout à fait pareil pour un navigateur. » Evidemment, ce que nous réalisons n'a rien de comparable avec les exploits absolument extraordinaires de ces marins des années 70. Le matériel, les moyens de communication, et surtout le fait de pouvoir obtenir une météo à n'importe quel moment avec jusqu'à 7 jours d'anticipation, nous simplifient énormément la tâche. Mais le sentiment est bien là. C'est quand même quelque chose et on n'est pas prêt de l'oublier.
15 heures, c'est le coup de massue. Nous sommes contactés par le sémaphore du Cap Horn qui nous informe que comme nous n'avons pas encore effectué notre entrée au Chili, nous ne sommes pas autorisés à naviguer dans ses eaux et donc à nous rapprocher du Horn. Nous sommes abasourdis, on nous avait beaucoup parlé des tempêtes du Horn, mais jamais de ses contraintes administratives. Il faut dire qu'en 1977, il s'en est fallu de peu et d'une intervention du Pape pour qu'une guerre n'éclate contre l'Argentine pour trois malheureuses petites iles dans le coin. Le soutien du Chili à l'Angleterre pendant la guerre des Malouines en 82 n'a pas arrangé les relations entre les frères ennemis.
Nous dévions notre route vers le sud, faisant mine de nous éloigner, en espérant sans trop y croire nous faire oublier. Arpatas, un voilier français qui nous précède, se voit contraint à faire demi-tour à 5 miles du Horn, à 2 miles de sa longitude. Nous redemandons l'autorisation de franchir le cap quitte à rester très au large et miracle nous finissons par obtenir l'autorisation de nous approcher à 5 miles.
Entre temps le vent s'est levé de l'ouest et il nous faut tirer des bords contre le vent et le courant. La mer est dure, on n'avance pas. Le vent est instable, entre 18 et 28 nuds. Il faut sans arrêt ajuster la voilure pour garder de la puissance et passer les vagues. Un moment, le doute s'installe. Est-ce bien raisonnable de s'obstiner comme cela ? Les enfants tiennent le coup. Ils jouent tranquillement à l'intérieur. Il faut s'accrocher ! On n'a pas fait tout ce voyage pour renoncer à 5 miles du graal. On tire un dernier bord. On va passer un peu plus près que ce à quoi nous sommes autorisés mais la VHF reste muette. Plus que 1 mile, un demi-mile, 0,2 mile Yiiihaaa !!! On y est ! Photo et champagne pour tout le monde. Ces derniers miles étaient durs, mais ça a quand même plus de gueule de le passer à la voile avec du vent et la mer. En tous cas, c'est ce que semblent penser les passagers du paquebot qui nous croise à ce moment là et sur lequel les flashs crépitent dans tous les sens. Les enfants qui ne doivent pas comprendre toute la symbolique, se laissent entrainer par notre enthousiasme. Dimanche 16 janvier à 21h, après 1 an de préparation, 6 mois de navigation et 8500 miles, Mathys, Timothée, Benoit, Marin, Elisabeth et Yannick sont caphorniers.
Buenos Aires
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Buenos Aires
par Marin
Alors que nous descendions le long des côtes uruguayennes, l'eau changea brusquement de couleur : elle passa de bleu clair au marron clair puis au marron foncé. Cela ne signifiait qu'une chose, que nous étions entrés dans l'estuaire le plus large du monde, celui dont 2 pays se partagent les rives : le Rio de la Plata. Un coup de vent du sud s'annonçant (pamperos) il nous faut renoncer aux étapes en Uruguay. De toutes façons l'envie d'arriver est plus forte que toutes.
Nous avons bien fait, Buenos Aires est une ville très active et gaie et sa population est toujours prête à rendre un service. Lors de notre première visite le lendemain de notre arrivée nocturne au Yacht Club Argentino, nous recupérons (non sans mal) un colis qui nous était destiné, puis nous visitons le palais présidentiel, heureusement ouvert, la plaza de mayo..."c'est la place des maillots de bains?" me demandait Timothée, toujours aussi drôle!
La cathédrale vue de l'extèrieur ressemble à l'assemblée nationale. Nous y trouvons le "santo christo del gran amor", le saint patron des footballeurs.
Les jours suivants, après avoir achevé les interminables démarches administratives, nous admirons les maisons colorées de la Boca, les peintures du musée des beaux arts, un somptueux navire de guerre du début du XXèmè siècle et les très vieilles voitures de l'automobile club.
Nous retrouvons quelques collègues de Total dont Pierre qui nous aide à trouver un chantier. Nous avons aussi dégusté chez lui un excellent plat de pâtes faites maison.
Arnaud, un pilote d'avion d'Air France, fait un vol à Buenos Aires et coup de bol inouï, arrive durant notre séjour. Ne voulant pas arriver les mains vides, maman le charge d'être le père noël. Merci à Arnaud, mam et paddy les lutins qui ont tout préparé. Imaginez la surprise lorsque nous voyons Aurore en plus de la valise de surprises! Nous nous promenons dans le quartier de Recoleta, visitant un étrange cimetière et le jardin japonais. Mais c'est déjà le soir et ils doivent repartir et nous aussi d'ailleurs : il nous faut aller dans un autre Yacht Club à 15 miles au nord de BA pour gruter Gecko, car on doit refaire l'anti fouling et installer le nouveau sondeur.
Mais il nous faut continuer notre descente vers les régions tempetueuses, quitter la chaleur et les moustiques, pour les majestueux canaux de terre de feu.
Après 2 jours de mer à une vitesse moyenne de 6 noeuds, nous pouvons voir déjà quelques spécimens de la faune patagonienne à Mar del plata où nous venons d'arriver.
Pendant 5 jours, nous travaillons sans relache à lui refaire une beauté . Nous habitons au deuxième étage d'une maison sous les toits où la chaleur est torride et les moustiques abondants.
Une fois le bateau remis à l'eau le 24 décembre au matin, nous fêtons joyeusement noel, en maillot de bain. Tout le monde est très content de ses cadeaux et nous nous sommes régalés.
Rio
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Rio de Janeiro
Nous avions prévu de ne passer qu'une semaine à Rio. Nous y serons finalement restés 3. Ce fût une escale très agréable et réconfortante à de nombreux égards.
Arriver en bateau à Rio, c'est un peu comme arriver en train à Chamonix, en paquebot à New York, ou à pied au Machu Pichu. On a l'impression d'être dans les traces des grands aventuriers. On a eu la chance d'y arriver par beau temps en plein jour et d'y découvrir petit à petit toutes les images que l'on a en tête ; Pain de sucre, Corcovado, Copacabana et cette baie de Guanabara, magnifique bien que les eaux y soient très polluées.
Nous sommes restés bouche bée devant la vue de la ville aux pieds du Christ rédempteur, nous avons flâné dans les vieux quartiers de Santa Theresa que l'on découvre à bord d'un vieux tramway, nous avons maté sur les plages de Copacabana et d'Ipanema
Nous avons aussi passé des moments inoubliables avec de très bons copains ou de la famille retrouvés à l'autre bout de la terre pour notre plus grand plaisir et qui ont si bien pris soin de nous. Cela fait tellement de bien de se donner des nouvelles, d'évoquer des souvenirs autour d'un bon repas. C'est là qu'on se rend compte que si nous vivons une expérience familiale extraordinaire, la solitude nous pèse un peu et pèse encore plus aux enfants.
Après Rio, ce fut la Costa Verde, un petit coin de paradis assez bien préservé à 60 miles au sud de Rio. Là, ce fût comme des vacances dans les mouillages magnifiques de Ilha Grande où le vert brillant de la forêt fréquemment arrosée tombe directement dans les eaux turquoises et sur les plages de sable doré ; dans les recoins de la baie de Paraty où la nuit, le ciel étoilé se reflète dans l'eau parfaitement lisse aux sons des bruits de la forêt qui nous entoure ; dans les ruelles colorées de Paraty nettoyées par la mer à chaque marée.
Le vent n'est pas favorable pour le sud, mais finalement cela tombe assez bien
Les baleines
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Heins et Erika, autrichiens navigateurs (Eh oui ca existe) rencontrés sur le ponton de Salvador, nous avaient recommandé de passer par les Abrolhos lors de notre descente vers Rio. En effet ils y avaient croisé quelques jours auparavant quantité de baleines, raies et autres tortues. Deux baleines plongeant à quelques mètres de leur bateau leur avaient même laissé un souvenir ému.
Idéalement placé sur notre route, cet archipel de quatre iles dont la plus grande ne doit pas dépasser quelques centaines de mètres, allait donc peut être enfin nous donner l'occasion de voir notre premier cétacé.
Les baleines des Abrolhos
En arrivant, au petit matin, sur le vaste plateau sableux qui entoure les iles des Abrolhos, nous sommes émerveillés par la couleur turquoise de l'eau. Quelques tortues marines, hélas un peu farouches, viennent nous saluer de loin. Mais de baleine, pas la moindre nageoire pectorale. Elisabeth s'est bien excitée 10 minutes en observant aux jumelles ce qui n'était qu'un simple tas de cailloux, mais rien d'autre. On se console en plongeant au milieu des poissons multicolores après avoir discuter avec la gardienne du parc national, en rotation sur l'ile.
Le lendemain on fait route vers Caravelas, sur le continent, en face des Abrolhos, afin de laisser passer un front froid et des vents de sud. On rend visite à l'institut des baleines à bosse qui attise encore un peu plus notre curiosité d'observer le comportement apparemment si joueur de ces cétacés. Le guide est persuadé que nous devrions en voir et nous donne au passage quelques recommandations pour les observer : approcher par le coté, pas à moins de 100 m, couper le moteur
Nous quittons Caravelas par un temps pluvieux et du vent faible à priori assez propice à une rencontre. Mais le temps passe sans la moindre rencontre. On commence à imaginer ces colosses des mers se marrant comme des baleines à nous voir si pénaux. N'ont-elles aucune pitié ?
Et puis soudain, une nageoire semble nous faire signe en frappant sur la mer. Nous nous rapprochons lentement à la voile et là, c'est le festival. C'est à qui nous montrera sa nageoire le plus longtemps, soufflera le plus grand jet, fera le plus beau plongeon. Tout à coup, on aperçoit de grands remous dans notre sillage qui semblent s'approcher du bateau. Une tache sombre semble glisser sous le bateau. Elles sont juste là ! Que faire ? Impossible de s'éloigner, de réagir. Ce n'est pas à 100 m mais plutôt à 3 ou 4 que deux énormes baleines font surface. Nous voulions en voir de près, nous sommes aspergés par leur souffle. Le spectacle est majestueux. Comment des animaux aussi énormes sont ils capables d'autant de grâce ? Leur queue sort et replonge dans la mer avec une lenteur infinie, une extrême sensibilité, comme une caresse.
Nos nouvelles amies finissent par s'éloigner et on les aperçoit de loin, elles ou d'autres car elles semblent nombreuses faisant surface dans un souffle de vapeur. C'est la fin de la saison pour elles. Il est temps de retourner vers les eaux nourricières de l'antarctique. Ca tombe bien, car c'est aussi notre chemin. Nous allons donc continuer à les apercevoir régulièrement jusqu'à Rio.
Bahia
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La baie de Bahia nous a réservé bien des surprises et nous y avons fait de bien belles découvertes.
La ville de Salavador pleine de couleurs et de contrastes; contrastes culturel entre l'afrique et l'amérique du sud; contrastes architecturaux entre les très nombreux batiments de style colonial ou art déco plus ou moins bien conservés et les favelas; contrastes sonores entre les bruits de la mer pendant 16 jours et la musique que l'on retrouve partout.
La baie de Bahia nous présente un visage bien différent de celui de Salvador. A quelques miles de cette ville de près de 3 millions d'habitants, nous mouillons au milieu de la mangrove. Il n'y a personne, l'eau est lisse comme un miroir. Nous n'entendons que le bruit de la forêt.
Le lendemain nous débarquons tous les six dans le village de Bom Jesus où nous assistons par hasard à une messe de mariage dans la chapelle toute blanche qui donne sur le port. Ici, les chants sont accompagnés par des tambours, on applaudit la lecture de l'évangile et quand on se donne la paix du Christ, cela tourne presque à l'hystérie. En revanche, un mariage ressemble à une simple bénédiction. Au fait, en cas d'urgence, sachez que la clef du tabernacle est cachée sous la nappe à gauche de l'autel.
Le lendemain nous remontons le Rio Paraguaçu. Quel plaisir de naviguer au milieu de la foret.Cela nous rapelle Bornéo ou encore l'Orénoque. Nous nous attendons à tout moment, au détour d'un méandre, à surprendre un crocodile ou à voir s'envoler un toucan. Moins sauvage, mais beaucoup plus gracieux, ce sont des saveiros que nous croisons, régatant au gré des courants. Ces grosses barques ventrues sont gréées d'un long tronc d'arbre à peine équarri et d'une immense grande voile à corne souvent coupée dans du tissu de récupération qui leur donne une impression de grace et de légèreté extraordinaire.
Nous passerons la nuit au pied du couvent de Santo Antonio. Sans doute le plus beau mouillage que nous n'ayons jamais vu. Les enfants jouent au foot devant l'église abandonnée dont on imagine le riche passé et l'acharnement des hommes qui y vécurent. Pendant ce temps, nous visitons le petit village qui l'entoure. Ici, les gens ont tous un petit oiseau dans une cage devant chez eux. Le soir, quand la fraicheur arrive, ce n'est pas son chien que l'on promène, mais son oiseau. On se dit bonjour, on discute en portant sa cage au bout des doigts comme on porte un plateau.
BAHIA
La grande traversée
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Vendredi 15 octobre, après 16 jours de mer, Gecko entre dans la baie de Todos Os Santos, longe la ville de Salvador et vient s'amarrer dans la marina do Bahia au pied de l'escalador Lacerda.
Départ le 29 septembre à 14 heures avec un équipage en forme (nous avons attendu que Marin soit remis sur pied après une bonne diarhée infectieuse selon le médecin) et une météo favorable.
Nous ne sommes pas mécontents de quitter le mouillage extrèmement rouleur de Praia. L'avantage, c'est que l'équipage mettra beaucoup moins de temps pour s'amariner. Il n'y aura aucun malade à déplorer malgré le fort roulis. Il faut quand même se réhabituer après 2 semaines sans naviguer, reprendre les quarts de nuit...tout cela sous une grosse chaleur.
Après 2 jours de nav, nous voici déjà dans le "pot au noir", que nous attendions tous avec un mélange de curiosité et d'inquiétude. Timothée cherche partout le poteau noir qui l'indique et Mathys le panneau noir.
Le "pot au noir" ou Zone Intertropicale de Convergence fut tel que décrit dans les récit de mer ou les guides nautiques. Un courant d'air frais annonce l'arrivée du vent et de la pluie.Le vent monte d'un coup à 25-30 noeuds, on se depèche de prendre des ris dans la grand voile et de faire des tours dans le génois. A l'intérieur, on ferme tous les hublots car la pluie arrive très vite et violemment.Les enfants sortent à poils pour se laver, c'est l'exitation, on recueille comme on peut l'eau de pluie dans les seaux et on commence la lessive. Mais en général cela s'arrête aussi soudainement que c'est arrivé et il faut attendre la prochaine pluie pour finir le rinçage. Le vent aussi retombe très rapidement et nous allons donc devoir vivre avec le bruit du moteur pendant 3 jours. On est content quand ça s'arrête!
On passe l'equateur le 8 octobre à 3 heures du matin. Personne ne voulait manquer l'évenement. Yannick réveille tout l'équipage qui pour une fois ne se fait pas prier. Tous ces petits yeux à moitié endormis s'amassent autour du GPS et égrennent les minutes équipés d'au moins 2 appareils photo et d'une camera pour immortaliser l'instant. Ca y est, ce fut rapide mais nous avons la photo. Pas besoin de faire demi tour pour la refaire.
Tout un symbole dans la marine, le passage de "la ligne" est entouré de nombreuses traditions que nous n'avons pas manqué d'agrémenter à la sauce Gecko. Nous voila donc tous en pyjama dans le cockpit avec la bouteille de champagne. Un peu pour notre fidèle Gecko, un peu pour Neptune pour le remercier de nous avoir laissé passer et beaucoup pour le capitaine. On retourne se coucher, le reste des festivités sera pour plus tard.
On commence la journée par des pancakes préparés par Marin. Puis les enfants à l'unanimité déclarent le 8 octobre comme jour férié, donc pas d'école. Pour le déjeuner, on s'ouvre une "conserve d'Armelle". Veau aux petits legumes. Un régal avec un petit mot du chef. Elisabeth en verse une petite larme. Que d'émotion !!! Dans l'après midi, on se déguise tous en Neptune. Barbe et trident pour tout le monde. Petite distribution de cadeaux afin de marquer le coup. Les enfants recoivent BD, lego et gomettes sur lesquels ils se précipitent pour le reste de la soirée. Yannick a le droit à une maquette de bateau taillée dans du bois flotté, un porte clé en cordage et un marque page. Pour le diner, ce sera foie gras, champagne et gougère au fromage.
Marin se souviendra tout particulièrement de cette journée. Installé à l'arrière pour remonter la ligne, il voit dans le sillage du bateau un espadon sauter hors le l'eau, exité par cette prise, il se cramponne sur son fil pour ne pas le laisser filer et arriva ce qui devait arriver, il se brula profondemment 2 doigts. Dans l'aventure nous perdons notre bas de ligne ainsi que notre meilleur leurre. Il faut dire que notre équipement est un peu léger pour la pèche au gros.
Marin aura quand même peché 2 très beaux "thazard" de 1 mètre de long pour 5 kgs. Nous nous sommes régalés avec le premier en essayant de varier les menus, en salade, en papillottes, à la poele...mais malheureusement en découpant le deuxième, Marin a trouvé 2 sangsues à l'intèrieur ce qui nous a dégoutté! Nous continuerons donc à manger notre thon en boite, qui nous fait prendre moins de risque.
Après le pot aux noirs, nous touchons les Alizés du Sud Est, qui nous accompagnerons pour 1000 miles d'un long bord de près babord amure, interminable jusqu'à Salvador de Bahia. Les journées défilent et se ressemblent : petit dej avec le bon pain du chef, ensuite école pour tout le monde ( c'est quelque fois dificile de se concentrer avec la chaleur et le bateau qui gite mais nous avons envie d'en profiter une fois à terre) puis déj et après midi "libre" pour chacun : récupérer d'une nuit difficile pour les parents, coloriage, lecture, lego,pêche... pour les autres.Il fait nuit assez tôt sous les tropiques donc nous ne dinons pas tard. et ensuite gros dodo pour ceux qui ne sont pas de quart.
La Grande Traversée
Cabo Verde
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Cabo Verde
Enfin, nous rencontrerons les vrais tourdumondite. Tous ont des programmes très différents mais respectent le choix des autres. Ils sont en général très indépendants et très discrets mais nous n'avons eu aucun mal à imméditement sympatiser.
Sandrine, jeune francaise seule sur son "Ratafia" de neuf mètres assez spartiate, est partie cet été pour 2 ans avec l'intention de passer par les canaux de Patagonie. Juste avant de partir, elle rencontre Julien qui n'est pas marin. Du coup elle se pose des questions quand à la suite à donner à son aventure. Quelques jours après notre rencontre, Sandrine tombera dans l'eau du port en tentant de monter dans son annexe. Elle se receptionne sur un tapis d'oursins et s'en sort avec des dizaines d'épines dans les mains et les pieds. L'ordinateur portable qu'elle vient de racheter d'occasion survivra miraculeusement au bain forcé.
Nous ne pensions passer que quelques jours dans l'archipel, le temps d'une petite visite et d'un plein de produits frais. Nous y resterons quinze jours, charmés par l'ambiance "Africaine" de ces iles isolées à 400 miles du Sénégal. C'est également au Cap Vert que nous avons rencontré les vrais "tourdumondistes". Ceux qui ont tout quitté, qui vivent sur leur bateau depuis des années et qui sont incapables de vous dire où ils seront dans un mois.
Après 6 jours de mer depuis les Canaries, nous jetons l'ancre à La Palmeira sur l'ile de Sal, un des trois ports autorisés pour entrer dans cette république, ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 1975. Entièrement désertique, son paysage de pierres et de terre ocre sans aucune végétation, surmonté de quelques monts de forme conique rappelant son origine volcanique, Sal n'est pas la plus belle ile de l'archipel. Elle bénéficie cependant de son aéroport international et d'un développement touristique privilégiant les hotels de taille démesurée qui peuvent accueillir quelques 2000 touristes. Ceux ci vivront dans ces disneylands leur expérience tropicale sans aucun risque de se meler à la population locale. Tout cela avec des rumeurs de blanchiement d'argent de la mafia italienne et de corruption de l'administration locale.
Bref, pas de quoi à priori susciter beaucoup d'interet de notre part. Et pourtant, lorsque nous débarquons avec notre annexe sur le petit quai où les pécheurs trient le fruit de leur pêche, plein d'apprioris colportés par les récits de voyageurs ou les guides nautiques, nous sommes tout de suite surpris par l'atmosphère de village. Un homme se détache du groupe pour nous acceuillir en français et nous proposer son aide. John, jeune Cap Verdien d'environ 25 ans, nous l'apprendons plus tard a pas mal baroudé ce qui explique sa maitrise de plusieurs langues dont le français. En ce moment, il retape son petit voilier sur le terre plein du port. Il tire profit des voiliers de passage en rendant des services ou en se faisant offrir de l'équipement d'occasion pour son bateau.
Nous déambulons dans les ruelles pavées du village où les habitants vaquent à leur occupations sans sembler remarquer notre présence. Impression de faire partie de la vie locale. Nous faisons connaissance de madame Pain qui revend quelques miches tous les après-midi sur le pas de sa porte donnant sur la place du village, de madame Douche qui tient d'une main de fer les sanitaires publiques très fréquentés alors que personne ne dispose de l'eau courante ou encore de madame Superette dont le contenu des quelques rares cageots de produits frais dépend des arrivages incertains du jour. Nous reperrons également la fontaine publique où chacun vient s'approvionner pour quelques centimes en eau "courante" à l'aide de seaux et de bidons de récupération. C'est ici que nous ferons le plein d'eau quelques jours plus tard avec nos bidons et la brouette pretté par John. Nous nous intégrons à cette vie de village dans une ambiance bon-enfant sans succiter la moindre curiosité y compris quand les six "cul blanc" débarquent dans la douche publique après une partie de foot France / Cap Vert sur la plage.
Le lendemain, nous nous entassons à une quinzaine dans une sorte de taxi de brousse pour nous rendre à Espargos, la capitale de l'ile,à quelques kilomètres du port. Une surprise de taille nous y attend. Emmanuelle avait tenté le coup en envoyant une enveloppe à notre intention. Nous nous rendons donc à la poste principale sans trop y croire pour y demander dans un mélange incomprehensible d'espagnol et d'anglais s'ils n'avaient rien pour nous. Nous sommes sidérés de voir la postière nous tendre notre lettre comme si de rien n'était. L'adresse indiquait quelque chose comme "Gecko boat - Ile de Sal - Cap Vert". Le petit mot, les quelques photos de famille et les petits cadeaux qu'elle contenait furent accueillis comme de véritables trésors.
Nous visiterons également Sal Rei sur l'ile de Boa Vista riche de son passé d'ancienne place commerciale et de ses plages de sable fin, ainsi que Praia, la capitale, sur l'ile de Santiago avec son marché coloré et ses places publiques équipées de Wifi où tous les jeunes noirs se retrouvent avec un portable sur les genous.
Martin, Caro et leurs deux enfants Max et Jacques sur Wanda. A la grande surprise de nos enfants, ils ont mis deux ans pour arriver au Cap Vert. C'est certain, ce n'est pas le même programme. En tous cas, c'est la première fois que nous rencontrons un bateau avec d'autres enfants. Les deux équipages sont tellement contents que nous retardons notre départ d'une journée. C'est les échanges de jeux vidéo et de Picsou géant.
Christophe et Isabelle et leurs deux filles Marion et Coralie sur Stellina. On dit que les suisses sont lents, ceux-là battent tous les records. Ils ont mis 13 ans pour arriver au Cap Vert dont un certain nombre en Méditéranée et 4 ans en Casamance. Lui a envie d'arréter, mais sa femme et ses filles, dont une n'a connu pratiquement que ca aimeraient continuer.
Canaries
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Voilà 10 jours maintenant que nous découvrons les Canaries ; nous profitons de la chaleur, de l'ambiance espagnole, des tapas et peu du farniente.Nous avons accosté sur l'île de La Palma (la plus à l'ouest) dans une marina toute neuve, inaugurée il y a 2 mois (baignade et pêche dans la marina, wifi, douches superbes, de quoi nous donner envie de rester plus longtemps mais nous avons de la route).
Nous avons loué une voiture pour faire le tour de l'île, découvrir ses volcans, son site astronomique réputé dans le monde entier, ses plages et ses bananeraies . Bref, pas le temps de s'ennuyer entre la classe le matin et les ballades, courses et bricolages le reste de la journée.
Il a bien fallu bouger, et après quelques heures de nav nous arrivions à la Gomera dans un mouillage très agréable au pied des falaises. « La vallée des rois nous attendait » donc connaissant Yannick nous n'avons pas perdu de temps et sommes partis en ballade (pour changer !). Mais heureusement il y avait quelques cascades et rivières pour changer des chemins en plein cagnard.
Nous avons fait un dernier plein de bouffe ( à priori les prochains magasins sont dans 5 semaines) et nous finissons de préparer le bateau, le départ pour le cap vert étant prévu demain
St Malo - Madère
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Deux semaines déjà que nous avons quitté nos familles et amis. Quel départ ! Pas moins d'une dizaine de bateaux pour nous accompagner avec force de cris et de cornes de brume, sans compter tous ceux venus nous faire signe au passage de l'écluse. Même la SNSM nous a fait l'honneur de venir nous saluer. Dans ces conditions, difficile de résister à l'émotion et les dernières embrassades furent, comme prévues, dignes des grandes eaux de Versailles. Tout cela ne peut que nous porter bonheur et nous rendre plus fort, c'est certain. Merci encore à tous.
St Malo - Porto Santo
Porto Santo. Samedi 21 aout.
Vers 17 heures nous passons le Phare du "Grand Jardin" et laissons derrière nous les derniers bateaux de parents ou d'amis pour nous retrouver seul en mer comme nous l'attendions depuis si longtemps.
Nous avons vite retrouvé les joies de la mer: bonne houle venue du large, vent de face donc bateau gité, mal de mer, ..un peu dur pour un début ! Après 2 jours à ce rythme, nous avons fait escale bien méritée à Brest, où nous avons croisé les solitaires de la course du Figaro. Mam et Paddy étaient là pour nous accueillir et gentiment ils nous avaient apporté une pièce manquante pour le régulateur d'allure. Nous avons donc partagé tous ensemble notre premier bon repas bien apprécié par nos estomacs perturbés.
Après deux jours passés à réparer, bricoler, nettoyer, et dire au revoir à Christelle, Olivier et leurs enfants (eux aussi en escale à Brest), nous sommes partis le mercredi 11 août au soir, avec un petit vent de Noroit, directionle sud. La météo annonçant du vent fort au cap Finistère, nous avons décidé de passer au large en sautant l'étape de La Corogne et la remplaçant par Madère dont on nous avait vanté la beauté.
Après 8 jours de nav, nous sommes donc arrivés à Porto Santo, une des iles de Madère. 8 jours de bon vent portant (jusqu'à 30 nuds) avec de bonnes moyennes de 150 miles par jour. 8 jours de houle (3/4 m), de roulis, de voiles qui claquent et qui se fatiguent. Heureusement, notre ami pilote a bien barré et su surfer les déferlantes !!!!(non, j'exagère un peu).
Chacun à pris doucement ses marques : Babeth à la bouffe, Yannick aux manuvres, toujours un tournevis à la main pour déboucher les chiottes, réparer le frigo, brancher la sonoet encore et toujours essayer de comprendre tout le système électrique. Mais rassurez vous, à ce jour, tout fonctionne ou presque et il ne reste plus que quelques petits bricolages, de quoi nous occuper pour les prochaines escales ; Marin était à fond à la nav mais aussi souvent à l'arrière du bateau avec ses lignes ; Il a été récompensé avec plusieurs bonites et coryphènes ce qui nous a permis de varier un peu nos menus pâtes (Merci à Martin pour sa canne à pèche qui fait merveille).
A leur demande, tous les enfants ont fait leur rentrée des classes dès le lendemain du départ, le jeudi 12 août. Leur enthousiasme a depuis un peu baisser, mais nous avons quand même réussi à travailler un peu tous les jours malgré le mal de mer ou les dauphins venus les distraire. Ils n'ont aucun problème pour se mettre à travailler, même par gros temps. Les parents ont en revanche un peu plus de mal après une nuit de quart.
Nous avons aussi commencé à faire notre pain, qui, même s'il n'égal pas celui de « Paul », est tout à fait acceptable et nous régale quand il est chaud au petit dej.
Après avoir remis en ordre le bateau, profité de la plage, visité le village et pris de bonnes douches, nous repartons demain matin pour l'île de Madère à quelques heures de nav d'ici. Ensuite comme prévu, les canaries et le cap vert.
A très bientôt et profitez bien de vos derniers jours de vacances. Bizz à tous
Préparatifs
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Un an déjà !!!
Un an que Gecko s'est immiscé dans le quotidien de notre famille. Un an et pas une journée sans y penser, sans en parler, sans y consacrer la majorité de notre temps libre. Un an à faire des aller-retour à St Malo, à lire, à se documenter, à se renseigner. Un an à refuser trop souvent les sollicitations des copains, de la famille et même de nos enfants dans le but d'être vraiment prêt le jour J et de larguer les amarres sereinement. Entre les journées bien remplies de mère de famille d'Elisabeth et le travail de Yannick qui l'accapare autant qu'il le passionne, pas facile de prendre le temps. Et quand Timothée fait remarquer à son papa « On te voit pas la semaine parce que tu travailles et le week-end tu travailles sur le bateau », ça déstabilise. Et dire que l'on fait justement cela pour passer du temps avec nos enfants.
Les enfants achèvent leurs tout derniers contrôles. Les conseils de classe sont pour les prochaines jours. Bientôt ce sera les cahiers au feu et la maitresse au milieu. Seulement on a déjà les cahiers pour toute l'année à venir et la prochaine maîtresse on la connait déjà. Dans l'ensemble, après une année de retour d'expat plutôt difficile, ils ne s'en sortent pas mal. Il faut dire qu'on ne leur facilite pas toujours la tache.
On nous demande souvent comment les enfants réagissent à ce projet de voyage. Evidemment, ils ont bien compris qu'ils n'iraient plus à l'école, qu'ils n'auront pas la place d'emmener tous leurs jeux, ou que leur espace de vie va se limiter à quelques mètres pendant de longues traversées. Est-ce qu'ils appréhendent ? Je ne pense pas qu'ils appréhendent la mer, les conditions difficiles, le froid. En tous cas s'ils en parlent, c'est certainement plus par mimétisme que par anticipation. En revanche, sans qu'ils l'expriment vraiment, je suis certain qu'ils appréhendent la vie en famille sans autre copain que les frères, sans autre entourage que les parents. A nous d'en tenir compte et de favoriser par exemple les rencontres lors des escales. A eux d'apprendre à aller vers les autres et à lier rapidement des amitiés.
Enfin, on y arrive. Les derniers grands caps sont franchis, encore quelques bords à lutter contre le courant et nous y serons. Dans quelques semaines, nous quitterons notre maison de Versailles. Finis les chemisiers vichy et les shorts en velours et bonjour les vareuses. Nous nous serons finalement beaucoup plu dans notre petit quartier de Porchefontaine qui nous correspondait si bien. Et si nous n'avions pas l'intention de beaucoup nous investir, n'étant là que pour deux courtes années, nous avons lié des amitiés profondes qui ne sont pas prêtes de s'éteindre.
Le bateau est arrivé en octobre au chantier et dès novembre nous avions déjà rencontré le chaudronnier, le menuisier, le spécialiste moteurpour nous c'était gagné, Gecko nouvelle version allait vite voir le jour. En soi il n'y avait pas trop de gros travaux (chauffage, eau chaude et salle de bain). Malheureusement pour nous, il y avait toujours de bonnes excuses pour reculer la réalisation.
Peut être que nos appels téléphoniques répétitifs ont porté leurs fruits, car depuis quelques semaines, les trous sont percés, les tuyaux pour le chauffage sont posés (pas toujours au bon endroit), un frigidaire fait sur mesure vient compléter la cuisine nouvellement repeinte. Et nous avons maintenant une vraie salle de bain digne de ce nom, avec de nombreux rangements.
Mais cela n'a pas entame notre enthousiasme et les aménagements perso prévus pour rafraichir le bateau nous ont largement occupés pendant nos we bretons.
Si on récapitule nous avons:
Fait beaucoup de peinture pour éclaircir l'intérieur, percer 3 nouveaux hublots, créer des rangements un peu partout, repeint les mats et bientôt la coque.
Il reste encore, les vaches à eau à poser, l'éolienne à fixer, l'électricité à faire, la nouvelle capote à installer, l'eau chaude à mettre en place, les nouveaux haubans à gréer..beaucoup de boulot pour le mois de juillet!!
Les travaux
Eté 2009
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J-380
Carnon (à coté de Montpellier): Il est là ! Je l'ai vu en premier Les enfants découvrent Spirit of Laika, un ketch en acier de 14 m sur plan Langevin pour les connaisseurs. Un bateau à voile avec deux mats pour les autres. Apres quelques mois de recherches, nous nous sommes décidés pour ce grand bateau vert un peu vieillot pour Babeth et un peu lourdot pour Yannick mais qui semble pouvoir apporter confort et sécurité à toute la famille pour notre long voyage.
Retour sur un été bien chargé
J-370
Quelques jours plus tard et quelques euros en moins nous quittons La grande Motte à bord de Gecko (le nouveau nom du bateau) en direction de St Suliac. Pas besoin de demander notre route. Ici ils ont deja du mal à situer la Bretagne. Première escale prévue: Ibiza (Les Baleares). Les quarts s'organisent. Babeth prend le 10h 1h avec Timothée et Mathys. Marin et Benoit prennent le suivant après un réveil difficile. Enfin Yannick a le plaisir de voir le soleil se lever. Nous ne sommes pas encore très doués pour la pêche mais nous voyons quantités de dauphins qui nous accompagnent pendant de longs moments.
J-350
Arrivée à Povoa de Varzim, au nord de Porto, après 17 jours de mer et 1300 miles parcourus (2500 km pour les autres). Les escales ont été magnifiques: Gibraltar, Lagos, Lisbonne, Porto. Les souvenirs déjà nombreux:
Arrivée à Gibraltar avec une visibilité de 20 mètres au milieu des pétroliers et des dauphins, soirée tapas avec Philippe et Isabelle qui nous ont rejoint à Gibraltar, ballade en tramway dans les ruelles étroites et escarpées de Lisbonne, Marin tout fier en remontant ses 6 maquereaux d'un coup
J-330
La croisière semble déjà loin. Les enfants reprennent tout contents (enfin ça dépend desquels!!!) le chemin de l'ecole.
Marin est a fait sa rentrée chez les grands dans un collège privé en section internationale. Il est tout content et tout fier de prendre le train et le bus tous les jours.
Pour Benoit(CM1) et Timothée(CE1),ils sont toujours dans la même école du quartier. Ils ralent tous les matins pour y aller, tous les soirs quand il y a les devoirs à faire, mais ils ont retrouvé tous leurs copains et leurs maitresses sont sympas.
Et pour Mathys, c'était la rentrée tant attendue chez les petits. Pour donner mauvaise conscience à sa maman, il pleure encore tous les matins et tous les midis, mais bon,il parait que ça peut durer .
J-320
Yannick vient d'annoncer à son employeur son intention de prendre une année sabbatique. Evidemment ils ne lui ont pas sauté dans les bras en versant une petite larme mais bon, ils ont accepté, c'est tout ce qu'on leur demandait. C'est le retour qui sera plus difficile. En tous cas, on peut maintenant en parler plus librement y compris aux copains du boulot.
Entre temps nous passons nos we suliaçais à chercher un chantier pour accueillir notre yacht pour le préparer à affronter les grands froids (il nous manque de l'eau chaude, du chauffage), les tempêtes (on va changer tous les haubans) , il faut aussi refaire la salle de bain en y ajoutant une douche, réaménager la cuisine en y ajoutant un grand frigidaire, percer des hublots.de quoi nous occuper tout l'hiver et le printemps.
Elisabeth , se cherche une formation d'infirmière accélérée sur des thèmes qui laissent rêveur: dépister une appendicite, recoudre son mari, bander une cheville tordue, diagnostiquer une rage de dents, une ottite.elle commence aussi à se renseigner pour l'ecole des enfants( a priori le Cned).
Projet
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Yannick, le cap'taine. Yannick passe son enfance à Annecy où il profite du lac et des montagnes. Ses études d'Ingénieur le mènent à Lyon puis à Paris où il se spécialise en exploration pétrolière. Il passe ensuite les douze premières années de sa carrière à faire du forage aux quatre coins du monde (Abu Dhabi, Venezuela, Ecosse, Brunei). Plus récemment, il rentre en France pour mener des études d'avant projet toujours dans le domaine pétrolier.
La voile, il est tombé dedans quand il était petit. Croisières familiales, Optimist, 420, 470, course croisière, mini-transat et même un peu de coupe de l'America il a déjà touché à pas mal de choses. La « grande croisière » comme on dit dans les magazines de voile, il n'y pense pas plus que ça. Et puis les années passent, les enfants grandissent, le travail l'accapare de plus en plus. Jusqu'au jour où il rencontre Luc et Julie qui font escale au Brunei pendant leur tour du monde. C'est le déclic. Ce qui n'était qu'un vague projet devient une évidence.
L'équipage
Elisabeth, l'équipière chic et choc. Après une jeunesse dorée à Versailles, le goût de l'aventure l'entraine dans des voyages humanitaires et notamment chez Mère Theresa à Calcutta. Elle exerce le métier d'éducatrice quelques années avant de tout abandonner pour suivre son mari à Caracas.
Si le capitaine donne le cap, c'est à sa femme qu'il faut reconnaitre le mérite de tout organiser pour le suivre. Toujours très organisée, Elisabeth mène la barque de tout son petit équipage. Avec elle, aucun risque de manquer de nourriture ou d'oublier quelque chose. Elle gère, et quand elle n'y arrive plus, elle trouve toujours une solution auprès de sa famille très présente et de ses copines.
Elisabeth fait des croisières depuis qu'elle est toute petite. En famille ou avec des amis, elle parcourt les côtes de Bretagne, d'Angleterre ou d'Irlande. Plus tard elle acceptera même d'équiper son mari lors de régates en Laser 4000 ou en ISO et gardera des souvenirs émus des conditions musclées de la Mer du Nord. Elle est tout à fait à l'aise en mer même si Gecko est un peu gros pour qu'elle se lance dans les manuvres de port. Pour la préparation, elle se charge en autres de la déco du bateau, des vêtements de tout l'équipage, de la scolarité des enfants, de la médecine à bord et attaquera bientôt l'intendance.
Marin, le professeur Nimbus. Marin est né au Venezuela il y a onze ans lors de notre première expatriation. C'est un peu l'intello de la famille. Souvent plongé dans ses bouquins quand ce n'est pas carrément dans son monde. Si vous visitiez sa chambre, vous y trouveriez pèle mêle une éolienne, une pomme de terre germée, un élevage de Triops et bien d'autres choses plus insolites encore En plus de la nationalité vénézuélienne, il a gardé de sa vie en expat, son anglais qu'il essaye de maintenir dans sa classe internationale. Il fait du piano depuis quelques années. C'est un peu laborieux même s'il n'arrêterait pour rien au monde. Il fait également partie de la chorale de son école. Qui sait ? Ce sera peut être notre petit Mozart. Il fait du tennis et collectionne les timbres.
Marin participe assez activement à la préparation du voyage. Il s'est chargé de l'entretien des winchs. Mais surtout, c'est lui qui prépare le matos de pêche. Les leurres sont prêts, les lignes sont montées, les espadons n'ont qu'à bien se tenir. Enfin il est incollable sur le matériel de bateau après avoir passé des heures à éplucher les catalogues d'accastillage. Il n'y a pas de doute, son rôle à bord ce sera les instruments de navigation.
Benoit, la marmotte. La marmotte est un petit rongeur qui vit en bande et passe pas mal de temps à dormir. La notre a 9 ans, et est volontiers touche à tout ; foot, tennis, dessin Il a commencé l'Optimist à 5 ans faisant la fierté de son papa. Mais ce que Benoit aime le plus, c'est s'amuser avec ses copains. Son entrain, sa jovialité et sa gentillesse font qu'il est souvent très apprécié par son entourage. Ah, j'oubliais, Benoit détient également le record du nombre de plâtres ; 4 en moins d'un an. Pas mal, non ? On se demande si on doit lui prévoir une trousse de pharmacie spéciale pour le voyage.
La préparation du voyage, c'est pas vraiment son souci. En revanche le principe de ne plus avoir à se lever pour aller à l'école, cela l'enchante. Beaucoup plus que la perspective de tenir son quart. Quand je vous disais marmotte
Timothée, la puce. Il en a l'esprit taquin aussi bien que la vitalité. A 7 ans, Timothée est peut être le plus sportif, en tous cas le plus artiste de la bande. Les uvres qu'il nous ramène de ses cours de dessins sont souvent étonnantes d'équilibre et d'harmonie des couleurs. Il fait parti d'un club d'athlétisme et adore nager, surtout en apnée. Il n'est pas encore complètement autonome en Optimist mais il ne lui manque pour cela qu'un peu de disponibilité de son papa.
Mathys le Clown. « Tu trouves que je suis beau ? » Notre petit dernier qui a déjà 4 ans est un acteur né. Ses mimiques nous font toujours beaucoup rire. Sa vitalité est parfois difficile à contenir. Il fait tout comme ses frères. Mathys adore l'eau, même si il ne sait pas encore tout à fait nager. On espère que ce sera chose faite au mois de juillet juste avant de partir.
Le parcours
Départ St Suliac 1er août 2010.
Les Canaries : début septembre
Le Cap vert : fin septembre
Salvador De Bahia : début novembre
Rio de Janeiro : fin novembre
Buenos Aires : fin décembre
Ushuaia : fin janvier
Les canaux de Patagonie : février / mars
Callao (Lima) : début avril
Visite Pérou / Bolivie : avril
Salinas (Equateur): mi-mai
Panama : début juin
Bahamas : mi-juin
Bermudes : fin juin
Açores : fin juillet
Retour St Suliac : 6 aout
Gecko
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J'ai acheté Gecko en juillet 2009. Je cherchais un bateau capable de m'emmener, moi et ma famille (4 enfants) autour de l'Amérique du Sud en passant deux mois dans les canaux de Patagonie. Avec une culture plutôt régate, j'avais imaginé un bateau en alu avec une carène assez performante. Je n'ai pas trouvé de bateau alu avec trois cabines, offrant suffisamment de rangements pour tout ce que l'on devait emmener et une sécurité optimum pour mes enfants. En revanche Gecko s'est révélé un bateau idéal pour notre projet.
Ce qui m'a plu sur Gecko:
Tout d'abord, je l'ai trouvé élégant avec ses grands mats blancs. Même si ses lignes sont un peu désuètes, il avait du être un bon bateau à son époque et sa surface de voile devait me permettre d'avoir du plaisir à naviguer à la voile. Cela s'est révélé tout à fait exact. Gecko est loin d'être un tank. Il est assez fin à certaines allures et je m'amuse beaucoup à l'équilibrer sous voiles. Nous avons fait nos 120 miles par jour en moyenne, parfois 150 à 160, et nous avons tenu notre programme qui avait été qualifié de très ambitieux par plusieurs personnes d'expérience. Nous avons eu l'occasion de comparer nos performances avec plusieurs bateaux lors de la traversée Atlantique retour et nous avons souvent été parmi les plus rapides.
Gecko avait été préparé par son ancien propriétaire pour un tour du monde à la voile. Ce tour s'est subitement arrêté pour des raisons sentimentales après 2 mois et moins de 300 miles. Je bénéficiais donc d'une préparation très récente qui, si elle ne me satisfaisait pas pleinement, avait traité un certain nombre de taches de fond sur lesquelles il ne me serait pas nécessaire de revenir. (Renforcement de la plupart des équipements fixés sur le pont chandeliers, taquets, une partie de l'électricité, systèmes de pompes de cale, baille a mouillage, nettoyage et peinture des fonds ) Il avait également été équipé d'un certain nombre d'équipements neufs ou récents comme le guindeau, le radar, la balise satellite...
Le moteur de 2002 est en parfait état. Il avait 600 heures quand nous l'avons acheté et nous avons fait 1400 heures sans aucun problème.
L'aménagement me convenait très bien. Les couchages sont en nombre suffisant pour ne pas avoir besoin d'utiliser les couchettes du carré. Des cabines spacieuses dans lesquelles, contrairement aux bateaux modernes, on peut vivre, les enfants peuvent jouer ou faire leurs devoirs sans se retrouver tous dans le carré. Beaucoup de rangements. Les couchettes sont assez hautes et dessous, des grands coffres permettent de ranger de la nourriture pour 6 personnes pour 3 mois, les vêtements chauds pour la Patagonie et assez de jouets et de livres pour occuper tout le monde. Le seul bémol était la salle de bain plus que spartiate, mais nous avons pu assez facilement la faire réaménager par le chantier Etoile Marine à St Malo.
L'aspect sécurité: Gecko semble indestructible avec sa coque en acier, sa quille soudée, sa protection autour de l'hélice. Son gréement donne également une vraie impression de robustesse avec ses haubans largement dimensionnés. Le cockpit très profond et fermé, permet aux enfants de sortir du bateau par tout temps sans être obligés de porter un harnais. A Ushuaïa, les marins des bateaux de charter m'ont dit que Gecko est fait pour aller en Antarctique. Bon le bateau peut-être, mais le skipper, il a encore un peu d'expérience à acquérir.
Notre projet:
Comme je l'ai dit, notre projet était de faire le tour de l'Amérique du sud en un an. L'objectif est rempli. Partis le 7 aout 2010 de St Suliac, nous franchissions en famille le mythique Cap Horn le dimanche 16 janvier, le 29 mai nous traversions le canal de Panama et le 6 aout 2011, nous retrouvions notre village malouin après 364 jours de voyage. Tout s'est très bien passé. Nous n'avons eu aucun problème technique significatif. Notre préparation du bateau fut un succès.
GECKO
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Arrivée
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L'arrivée
Animaux
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Animaux du sud
Noel
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Noël à bord de Gecko
Rio et Costa Verde
Vie à bord
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La vie à bord
Pays Malouin
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Le Pays Malouin
25 aout 2011
Ouest France
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Ouest France
15 aout 2011
V&V Fev11
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Voiles et voiliers - Fev 2011
V&V Mar11
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Voiles et Voiliers - Mars 2011
V&V Mai11
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Voiles et Voiliers - Mai 2011
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